Déplacement Macron à Las Vegas: l'ex-collaboratrice de Muriel Pénicaud chez les juges

Par AFP | Publié le 21 septembre 2017 à 17h00 | Vu 68 fois
Déplacement Macron à Las Vegas: l'ex-collaboratrice de Muriel Pénicaud chez les juges
Le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron (D) et Murielle Pénicaud (G) au salon de l'électronique, à Las Vegas, le 7 janvier 2016 - © AFP/Archives

L'ex-collaboratrice de Muriel Pénicaud chez Business France était entendue jeudi par les juges d'instruction dans l'enquête sur le déplacement controversé en 2016 d'Emmanuel Macron à Las Vegas, une audition-clé pour la ministre du Travail qui pourrait de nouveau mettre à mal sa version.

Fabienne Bothy-Chesneau, ex-directrice de la communication de l'organisme, était convoquée jeudi à 14H00 au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris, selon une source proche du dossier.

A l'issue de cette audition, elle peut être mise en examen ou placée sous le statut plus favorable de témoin assisté. La première hypothèse pourrait fragiliser Muriel Pénicaud, en pleine réforme sur le Code du travail. La semaine dernière, sur LCI, la ministre s'est dite "très sereine" dans cette affaire, tout en rappelant qu'elle démissionnerait du gouvernement si elle-même était mise en examen.

Ce dossier, devenu très politique, est lié à l’organisation, en janvier 2016, d’une soirée de promotion de la France à Las Vegas (Nevada) autour d’Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie qui déclarera quelques mois plus tard ses ambitions présidentielles.

Malgré son coût élevé - près de 290.000 euros après renégociation - l'organisation de l'évènement avait été confiée à l’agence de communication Havas sans appel d’offres spécifique par Business France (BF), organisme public dépendant de Bercy, chargé de faire la promotion des entreprises françaises à l'étranger et dirigé à l'époque par Muriel Pénicaud.

Le ministère de l’Économie, après un rapport de l’Inspection générale des finances, avait fait un signalement au parquet de Paris, qui avait ouvert une enquête pour "favoritisme et recel de favoritisme", confiée en juillet à trois juges d'instruction.

Depuis le début de l'affaire, Muriel Pénicaud assure avoir été au courant d'éventuels dysfonctionnements après l'organisation de l'évènement et avoir immédiatement diligenté un audit externe indépendant auprès du cabinet E&Y.

Mais Fabienne Bothy-Chesneau a livré fin juin une autre version aux enquêteurs de l'office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff).

- informée de manière continue -

Elle a notamment expliqué, d'après la source proche du dossier, que si elle avait été chargée de mettre en œuvre la soirée, elle ne disposait d'aucun pouvoir décisionnaire, ajoutant qu'à partir de fin novembre 2015, soit plus d'un mois avant l'évènement, ce dernier avait été évoqué de manière continue avec Muriel Pénicaud.

Plusieurs éléments révélés par l'enquête pourraient laisser penser que la ministre était mieux informée qu'elle ne le prétend.

Un courriel, révélé par Le Monde et dont l'AFP a eu connaissance, suggère ainsi qu'elle était au courant du coût prévisionnel de l'évènement dès le 20 novembre 2015. Ce jour-là, la directrice adjointe de la promotion et de la communication de BF, Julie Cannesan lui écrit: "+Muriel, nous avons eu le cab (cabinet) Macron en ligne (...) Parmi les +points à retenir+, celui-ci: "Budget: 300 K€ (300.000 euros, ndlr)".

La ministre est aussi soupçonnée de n'avoir informé le conseil d'administration de Business France de possibles dysfonctionnements qu'en décembre 2016, soit six mois après avoir pris connaissance de l'audit d'E&Y, et d'en avoir présenté "une synthèse biaisée", d'après Libération.

Dans ce document, E&Y n'exclut pas que sa "responsabilité" pénale "soit envisagée", même si sa "participation personnelle dans le cadre du marché (...) n'a pas été identifiée".

Quant à une éventuelle implication du cabinet Macron dans cette affaire, "Fabienne Bothy-Chesneau a affirmé devant les enquêteurs qu'il y avait eu des demandes naturelles et répétées dans l'entourage du ministre de l'Economie pour que l'évènement se déroule de la meilleure manière possible, mais rien qui pouvait engager une quelconque responsabilité pénale", d'après la source proche du dossier.

De son côté, Havas soutient que l'opération entrait dans le champ d'un contrat-cadre sur "la promotion de l'attractivité économique de la France", notamment aux États-Unis, que l'agence avait signé en 2015 avec Business France, à l'issue d'un appel d'offres. L'agence de communication estime qu'à ce titre la soirée à Las Vegas ne nécessitait pas de mise en concurrence.

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