Des albums « dentelles » pour offrir un jeu de lumière et de poésie

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 19 janvier 2019 à 07h00 | Modifié le 19 mars 2019 à 16h30 | Vu 664 fois
Des albums « dentelles » pour offrir un jeu de lumière et de poésie
Guilloppé révèle une véritable beauté et poésie. - © DR

L’art est un vaste domaine qui fait appel à tous les sens et toutes les émotions de l’homme. Subjectif, il peut faire pleurer, rire, crier, sourire… Il ne laisse jamais indifférent. Apprécié dès notre plus jeune âge, il est une fenêtre sur le monde, notre société. C’est une fenêtre poétique, emplie de beauté mais parfaitement réaliste, que propose aux enfants, l’auteur-illustrateur Antoine Guilloppé, au travers de ses livres de dentelle. Entretien avec l’artiste dont les oeuvres sont exposées à Saint-Marcellin jusqu'au 30 janvier.

. À quel instant de votre vie s’est révélé votre amour du dessin ?

Antoine Guilloppé : Mon envie de devenir dessinateur est née à l’âge de neuf ans. J’adorais lire, surtout des BD, j’ai été biberonné à ce genre de lecture. J’aimais beaucoup recopier les dessins des BD. C’est à ce moment-là que j’ai décidé que je serais dessinateur. Au collège, j’avais toujours ce rêve en tête, et je dessinais tout le temps, c’était devenu assez chronophage. Une conseillère d’orientation m’a proposé des écoles de dessins où j’allais pouvoir étudier pour faire mes gammes et apprendre à dessiner correctement.


« J’ai mis plus de dix ans avant de m’accepter en tant qu’auteur-illustrateur »


. Est-ce que dès le début, dans votre esprit, le dessin était lié à l’écriture ?

A.G. : Enfant, je ne lisais quasiment pas de livres jeunesse, que des bandes dessinées. J’avais à l’esprit d’être dessinateur, et quand on arrête ses études en 3e, on ne pense pas à se lancer dans l’écriture. Au départ, je m’étais orienté uniquement vers l’univers de la BD, mais dans ce domaine, il faut avoir un scénario de départ. J’ai alors découvert l’illustration jeunesse qui m’a tout de suite plu de par la grande liberté de création qu’elle offrait. L’écriture est devenue une obligation quand il a fallu trouver un travail. Mes dessins seuls ne m’ont pas ouvert des portes. Il y a tellement d’offres dans ce domaine que si on veut s’en sortir, il faut prendre en main son destin, alors j’ai osé écrire ma première histoire, puis la deuxième… Mais, j’ai mis plus de dix ans avant de m’accepter en tant qu’auteur-illustrateur.

. Lorsque vous parlez du dessin, on perçoit votre passion, mais lorsque vous dessinez, que ressentez-vous ?

A.G. : Le dessin, c’est effectivement beaucoup d’émotions. Lorsque je dessine, je ressens énormément de satisfaction, celle d’avoir réussi à rendre concret ce qui vivait dans mon imaginaire. La satisfaction d’être parvenu à passer de l’abstrait au concret du papier. Et puis, c’est la beauté de réussir à faire d’une page blanche, un dessin juste, beau, créé à partir d’une inspiration naturelle. Le dessin, c’est une forme d’écriture qui concrétise une idée.

. Où puisez-vous toute votre inspiration ?

A.G. : La question de l’inspiration est quelque chose de très compliquée, ce n’est pas un don et on n’est pas touché par la grâce. Je dessine en fonction de mon envie : la nature, un lieu en particulier. Enfant, lorsque je jouais, avant de commencer mes histoires, je faisais mon casting en choisissant mes personnages. Là, c’est pareil. De plus, les histoires de mes albums sont assez courtes, les phrases accompagnent les dessins, elles doivent les compléter. C’est cet équilibre entre le dessin et la phrase que je m’attache à trouver.

. Même si l’approche doit être différente, essayez-vous de transmettre un message dans vos histoires ?

A.G. : Oui, dans mes livres, je traite souvent des mêmes thèmes comme l’amitié. J’aime également beaucoup travailler sur la peur, la nuit, l’inquiétude, de ce passage de l’obscurité vers la lumière. J’évoque énormément le thème du faux-semblant, notion que l’on retrouve dans notre société.

. Faites-vous alors attention à votre façon d’écrire ?

A.G. : Pour tous mes premiers livres, j’ai fait attention à faire des dessins parfois simplistes. Entre mon premier album en 1998, et le dernier en 2018, il y a un monde. Aujourd’hui, mon travail se rapproche plus de la BD, je fais attention, mais je ne me censure pas. C’est plus mon éditeur qui va le faire ou se poser des questions.


« Je souhaite rester dans la littérature jeunesse pour être un passeur d’envie »


. Vos livres sont classés dans la littérature jeunesse, mais pour vos prochaines créations, songez-vous à travailler pour la littérature adulte ?

A.G. : Tous mes livres s’adressent à un public jeune, mais la technique de papier découpé touche également les adolescents et les adultes qui apprécient comme les enfants, l’esthétique du livre, sa beauté. Mais, je souhaite rester dans la littérature jeunesse pour être un passeur d’envie, comme cela a été le cas pour moi à neuf ans.

. En tant qu’auteur-illustrateur, vous êtes aujourd’hui connu pour vos créations au laser. Selon vous, la technologie est-elle importante pour l’univers de l’illustration ?

A.G. : J’ai été formé à l’ancienne, mes premières esquisses sont donc toujours au crayon ou à l’encre de chine, puis une fois réalisées, je bascule sur l’ordinateur. La technologie est un outil, personnellement, elle m’a permis de faire aboutir une idée que j’avais eue en 2004. Dans l’univers de l’illustration, la technologie ne peut pas être un danger, notamment en France où beaucoup de gens apprécient encore l’illustration, un livre par le toucher, l’odeur. Le livre permet de développer l’imagination, la création, d’inculquer le respect et de créer des moments de partage.

. Parmi vos créations, quel livre a une place à part dans votre coeur ?

A.G. : Il s’agit de Loup noir, il a été mon premier livre en noir et blanc, et c’est par cet album que l’on a remarqué mon travail. C’est également ce livre qui m’a inspiré le graphisme du papier découpé. J’ai mis du temps avant de venir au laser, car c’est une technique onéreuse. Lorsqu’avec ma maison d’édition, nous avons pu le faire et que nous avons découvert le livre Pleine lune, j’étais comme un gamin à Noël qui avait reçu un super cadeau. Il était magnifique et réussi.

. Songez-vous à trouver de nouvelles technologies pour réaliser vos albums ?

A.G. : Parfois j’y pense, mais honnêtement, pour l’instant, je m’attache à explorer pleinement toutes les possibilités du laser. Sans trop en révéler, je travaille aussi sur une technique pour réaliser des brouillards…

. Est-ce important pour vous de pouvoir rencontrer vos jeunes lecteurs ?

A.G. : J’adore rencontrer les enfants, échanger avec eux et avoir ainsi une démarche pédagogique pour leur apprendre que déjà, l’illustration est un métier, et surtout, au travers des ateliers, leur donner confiance, l’envie de créer la surprise en osant.

Propos recueillis par Aurélie Amieux

+ D'infos : Exposition Dentelles de papier à retrouver jusqu’au 30 janvier, à la Maison du département et à la médiathèque intercommunale à Saint-Marcellin. Visite guidée mercredi 23 janvier de 10 heures à 15 heures, départ de la Maison du département. Réservations au 06 30 36 13 19.

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