L’oral et l’écriture réconciliés sous la plume de Claire Rengade

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 23 février 2019 à 07h00 | Modifié le 19 mars 2019 à 16h29 | Vu 995 fois
L’oral et l’écriture réconciliés sous la plume de Claire Rengade
L’autrice Claire Rengade a durant sa première semaine de résidence à Saint-Antoine-l’Abbaye réalisé une lecture publique à la médiathèque Darodes. - © DR

Depuis 2004, l’association antonine Textes en l’air est devenue sur le territoire, et au-delà des frontières de la région Auvergne-Rhône-Alpes, une institution culturelle qui promeut l’art contemporain tout au long de l’année lors de diverses actions, créations ou projets comme celui des auteurs en résidence. Cette année, elles sont deux invitées : Claire Rengade et Sonia Ristic. C’est la Romanaise Claire Rengade qui a donné le coup d’envoi en passant une première semaine entre les murs médiévaux de Saint-Antoine-l’Abbaye. Rencontre avec une artiste aux multiples facettes.

Très à l’écoute, avide de rencontres, d’échanges et de partage, Claire Rengade est un électron libre en perpétuel mouvement, captant au vol les instants de la vie, qu’ensuite elle couche ou non sur le papier. Auteure, poète, metteur en scène, compositrice, chanteuse… les cordes à l’arc de l’artiste sont nombreuses. Elle, qui au départ a pris le chemin de l’orthophonie, raconte : « Je ne suis pas issue du sérail, bien au contraire. Pour mes parents, c’était plus rassurant de me voir exercer un "vrai ?" métier que d’être artiste. J’ai toujours aimé lire et écrire, n’importe où, n’importe quand. Je n’ai pas de regrets par rapport à mon métier, car l’orthophonie m’a beaucoup apporté, notamment dans l’approche du langage mais aussi du rapport entre l’oral et l’écrit. »
À travers ses créations, ses textes, Claire Rengade travaille d’ailleurs à réconcilier ces deux univers : « Mes écrits sont faits pour être lus, c’est pourquoi ils n’ont pas de ponctuation et sont construits selon une certaine rythmique. Je vais à l’encontre de la norme, car l’écrit est soumis aux règles de ponctuation, et l’oral aux lois de la respiration. Par mon travail, je tente de recréer la connexion entre la littérature et la parole. »


Tel un photographe, elle rend compte de moments de grâce

Une connexion que la Romanaise établit également avec le public, parce qu’ « il m’inspire, tout comme le langage. Je suis attentive, à l’écoute de ce qui m’entoure. Tel un photographe, je rends compte dans mes compositions d’un instant précis. Je capte les moments qui viennent à moi, je ne les provoque pas. Et quand ces instants arrivent, c’est comme un état de grâce, je ne peux m’empêcher d’écrire ».
C’est pour profiter de ces instants de grâce, qui incarnent la première phase de création, que Claire Rengade a accepté l’invitation de Textes en l’air. Elle explique : « Un auteur crée selon deux phases : la première tourne autour de l’enrichissement de l’imagination, la seconde concerne l’écriture. Pour le premier stade, ma démarche est de rencontrer les habitants, de découvrir des lieux atypiques, d’échanger, afin de m’imprégner des lieux. Il y a un temps "collectif", de connexion avec le monde environnant avant d’entrer dans le temps de la solitude, de l’écriture. Et Saint-Antoine-l’Abbaye est une terre propice à l’isolement pour écrire. » Au cours de ses premiers jours en résidence, Claire Rengade a eu l’occasion de rencontrer beaucoup de monde, puisqu’elle a animé une lecture publique, ainsi que des stages d’écriture de poésie auprès de deux classes du lycée de La Saulaie. Des lycéens qui pourront, s’ils le souhaitent, lire leurs poèmes en première partie de la lecture publique de Claire Rengade lors du Printemps des poètes à la médiathèque saint-marcellinoise.

Ce travail d’écriture, l’artiste souhaite le transmettre avec une certaine particularité, celle de privilégier l’écriture manuscrite. Elle nous révèle pourquoi : « Tout d’abord parce que l’informatique nous rend trop sédentaires. L’inspiration ne se commande pas, elle est nomade. Peu importe où l’on est, on a toujours un crayon, un stylo et du papier sur soi. Quand j’ai une idée et que je me retrouve sans carnet, il m’arrive même d’écrire sur ma main. Ensuite, j’aime l’écriture à la main pour son côté artisanal, ce rapport à la matière me plaît beaucoup. J’aime le papier, ses différentes odeurs, textures, sa force… Et puis, l’œil et la main sont les deux portes d’entrées du cerveau. Cette connexion avec le cerveau permet à celui-ci d’enregistrer, d’apprendre, de développer la motricité. »

Artiste nomade, Claire Rengade ne manque pas de projets, mais elle aime être dans cette dynamique comme elle l’avoue : « Depuis que j’écris, j’ai fait six résidences, toutes plus exceptionnelles les unes que les autres, car elles m’ont permis de me diriger vers des univers auxquels je ne me serais jamais intéressée de mon propre chef. Avec Saint-Antoine, je vais expérimenter une résidence qui est proche de chez moi et qui a donc moins cette notion de distance. »

Se nourrir du monde, une vision et une philosophie que l’auteure aimerait continuer à avoir dans les années à venir pour continuer à participer à ce mouvement d’enrichissement collectif : « J’aimerais rester dans cet état de curiosité, de disponibilité, et ne pas me laisser tenter par la sécurité pour me rassurer. Continuer à penser collectif en écoutant les autres pour ainsi, à mon échelle, participer à ce mouvement. C’est comme un train en marche, on monte dedans pour un instant, puis quand on redescend, il poursuit sa route sans nous. »

Une route que Claire Rengade reprendra en direction de Saint-Antoine-l’Abbaye et Saint-Marcellin aux mois de juin et juillet pour le festival Textes en l’air. D’ici là, vous pouvez vous plonger dans la réconciliation entre l’écriture et l’oral au travers de son dernier opus, intitulé Bon pour accord, aux éditions La Boucherie littéraire.

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