« Prenez la clé des champs », un week-end de pédagogie agricole

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 04 mai 2019 à 07h00 | Modifié le 07 mai 2019 à 10h39 | Vu 823 fois
« Prenez la clé des champs », un week-end de pédagogie agricole
Vincent Reboud ouvre les portes de sa ferme ce week-end. - © Aurélie Amieux

Plus de communication, plus d’explications. Voici ce qu’attendent les consommateurs de la part du monde agricole. Une ouverture qui passe par l’organisation de manifestations telles que « Prenez la clé des champs », qui se tient ces samedi 4 et dimanche 5 mai dans toute l’Isère. Dans le Sud-Grésivaudan, seules deux fermes ont décidé de participer à l’événement. Un faible engagement qui interroge en ces temps où la profession doit faire face à des critiques.

La manifestation Prenez la clé des champs a été lancée en 1996 par les chambres de l’agriculture de l’Isère et de Savoie Mont-Blanc, en partenariat avec les Départements et la Région Auvergne-Rhône-Alpes. L’objectif de cette initiatiave ? Ouvrir les portes des fermes pour instaurer un climat d’échanges et de pédagogie entre le consommateur et l’agriculteur, tout en ayant une visée commerciale. 

Jean-Claude Darlet, nuciculteur et président de la chambre d’agriculture iséroise, précise : « L’objectif premier a été atteint, puisqu’aujourd’hui, les consommateurs ont de nouveau confiance en nous. Ils recherchent la qualité en privilégiant les circuits courts. D’ailleurs, la majorité des exploitations participantes produisent et transforment à la ferme. Mais le constat que nous faisons actuellement, c’est que la majorité des personnes qui participent à Prenez la clé des champs sont soit des convertis, soit des fidèles. Nous devons donc travailler à sensibiliser un autre public. »

Un monde de l’agriculture en constante mutation

Un dernier point sur lequel Rémy Dirrig, du Domaine du Bané, à Saint-Sauveur, aimerait que se penchent les institutions, mais également les agriculteurs. Pour le viticulteur, il est inadmissible et incompréhensible qu’un territoire tel que le Sud-Grésivaudan se retrouve avec un circuit composé de deux fermes seulement. 

Il souligne avec ardeur : « Pour moi, l’avenir de l’agriculture passera par la pédagogie et la polyculture. Par la pédagogie, il s’agit de faire comprendre au public le pourquoi du comment. Pourquoi nous plantons à telle période ? Pourquoi utilise-t-on du fumier ? Pourquoi une variété plus qu’une autre ? Si on veut que notre métier soit compris, il faut l’expliquer, aux urbains mais aussi aux ruraux, afin de réduire ce fossé qui s’est creusé entre les exploitants et les consommateurs. Pour cela, les producteurs et les institutions doivent se bouger ! Or ce n’est pas le cas. On le constate bien avec seulement deux fermes dans le Sud-Grésivaudan pour Prenez la clé des champs. » 

Le viticulteur poursuit : « Ensuite, Il faut défendre la polyculture, les convictions des jeunes agriculteurs, et développer la transformation des produits. Mais, je le redis, il faut que tout le monde joue le jeu. Personnellement, je m’interroge. L’année dernière, nous étions quand même cinq fermes à ouvrir nos portes. »

L’élevage au grand air

Du côté de Vincent Reboud, le discours est moins alarmiste, mais proche en ce qui concerne l’investissement pédagogique des agriculteurs et des institutions, qui n’encouragent pas les jeunes à s’engager. Récemment installé à Vatilieu dans l’élevage porcin, il voit dans cette manifestation l’opportunité de faire connaître sa ferme, malgré la faible participation de ses homologues. 

Le producteur n’y voit aucun inconvénient, bien au contraire : « Je suis naisseur-engraisseur de porcs. Avec cette participation à Prenez la clé des champs aux côtés de deux amis, je souhaite avant tout expliquer au public ma démarche d’élevage en plein air, sans traitement de masse. C’est celle d’un agriculteur qui a des convictions, comme l’agriculture raisonnée, et qui privilégie des conditions de vie honorables pour ses porcs. » 

Ces deux journées portes ouvertes sont aussi l’opportunité pour Vincent Reboud d’élargir son champ de clientèle : « Pour l’instant, les consommateurs peuvent retrouver ma production à la ferme, sur les marchés à Grenoble et au Touvet, ainsi qu’à la Halle fermière de Vinay. Je suis labellisé AlpesisHere. Cette marque m’a apporté de nombreux débouchés, car le Département œuvre énormément pour la développer. J’espère que Prenez la clé des champs aura la même influence, en me permettant de toucher une clientèle très large. Ce week-end, si le temps est de la partie, ce sera avant tout une grande fête. Avec mes amis Thibaud Dessalces et Mélanie Quineau, nous allons échanger sur notre métier, que nous aimons avant tout. » Vivant en parfaite autonomie, les porcs de Vincent Reboud vaquent à leurs occupations sur les 4 hectares qui leur sont dédiés. Châtaignes, glands, céréales, ronces et autres broussailles font leur festin, pour ainsi produire une viande locale de qualité.

Au regard des deux exploitations du Sud-Grésivaudan participant à cette 23e édition de Prenez la clé des champs, on peut percevoir la mutation actuelle du monde agricole, faisant du public un témoin et un acteur du passage d’une production intensive à une production raisonnée. Cette manifestation illustre également la nécessité d’un investissement multiple pour que ces changements soient effectifs : celui des institutions, des élus, des agriculteurs et des consommateurs.

Et si ces 4 et 5 mai, vous entriez dans le jeu ?

Aurélie Amieux

+ D’infos : Prenez la clé des champs, les 4 et 5 mai, en Isère, Savoie et Haute-Savoie. De 10 h à 19 h. Gratuit.
Tous les circuits disponibles sur : prenezlacledeschamps.com

En parallèle, le Domaine viticole Mayoussier (Auberives-en-Royans) organise ses propres portes ouvertes, le samedi de 14 h à 18 h et le dimanche de 10 h à 18 h.

0 commentaires

Envoyer un commentaire