La réforme de l'apprentissage inquiète la MFR

Par Cécile Alibert | Publié le 02 mai 2019 à 10h26 | Modifié le 02 mai 2019 à 10h36 | Vu 574 fois
La réforme de l'apprentissage inquiète la MFR
Le directeur, André Roux, détaille le bilan financier de l’association, qui craint de voir baisser les subventions de son antenne CFA avec la réforme. - © Cécile Alibert

Effectifs réduits, budget conséquent, fort taux d’insertion professionnelle... La Maison familiale rurale (MFR) de Chatte s’affiche comme un modèle de réussite. Ses responsables doivent pourtant affronter une réforme venue bouleverser le financement des formations en apprentissage. De quoi soulever bien des inquiétudes à l’occasion de l’assemblée générale, qui s'est tenue jeudi 18 avril.

Avec ses 31 salariés et son budget de 1,7 million d’euros, la Maison familiale rurale (MFR) de Chatte s’apparente à «une petite PME». Et comme toute «entreprise», elle est impactée par les événements extérieurs : l’augmentation du prix des combustibles, l’annulation d’une colonie censée louer les locaux l’été dernier... Mais aussi et surtout, les mesures gouvernementales. La réforme de l’apprentissage, votée en 2018, pose ainsi «de gros soucis», évoqués lors de l’assemblée générale, jeudi 18 avril.

«Un tremplin vers l’emploi»

Tout est parti d'un constat : la France compte 1,3 million de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. «Un gâchis» pour le gouvernement, qui voit dans l’apprentissage «l’un des meilleurs tremplins vers l’emploi», car 70 % des apprentis décrochent un travail «dans les sept mois suivant leur formation». 

La MFR de Chatte fait figure de modèle, d’après une enquête sur le devenir des anciens élèves. Que ce soit le CAP charpentier bois, plomberie, maçonnerie ou Maintenance de bâtiments de collectivités (MBC), chaque filière du CFA (Centre de formation des apprentis) affiche «un fort taux d’insertion». Car après une crise majeure, le secteur du bâtiment se relève. «Il y a du boulot en ce moment pour les jeunes motivés et qualifiés», résume Eric Béranger, responsable de la formation MBC. «Nous avons une énorme demande des chefs d’entreprise et je n’ai pas de jeunes à mettre en face», ajoute le directeur, André Roux. La réforme vise justement à rendre cette voie longtemps délaissée plus attractive. Seul hic : elle serait inadaptée aux territoires ruraux.

«Une logique productiviste»

En 2018, le CFA, qui comptait 66 apprentis, a reçu 410 201 euros de la Région. Des subventions vouées à baisser. «Jusqu’à présent, dans le système de l’apprentissage, les formations étaient financées à la classe. Avec la réforme, le financement va être à l’élève», déplore Yves Renn, président de la MFR. Difficile en effet de recruter des apprentis en zone rurale, où se mêlent faible densité démographique, éloignement géographique et petites entreprises. «Ici, les artisans prennent un seul apprenti, contrairement aux gros centres urbains, où des poids lourds du BTP en prennent plusieurs. Nos classes sont plus restreintes avec parfois huit élèves», complète le responsable. Résultat : «Pour devenir "rentable", il faudra avoir des classes pleines, ce qui suppose d'avoir des contrats en face.»  

La réforme pourrait donc se faire au détriment de la qualité de l’enseignement au sein de la MFR, voire de l’entreprise. «Cela revient à courir après les contrats sans se soucier de la qualité de la transmission des savoirs», s’inquiète Yves Renn, qui dénonce «une logique productiviste» menaçant l’apprentissage dans les territoires ruraux.

A l’occasion de sa visite à Chatte en octobre dernier, le ministre de l’Agriculture était loin de partager ce «pessimisme». «Si l’on veut former des jeunes aux métiers de la ruralité, il faut que cela se passe dans la ruralité», insistait alors Didier Guillaume. Une réponse qui, six mois plus tard, n’a visiblement pas suffi à calmer les inquiétudes. 

Cécile Alibert

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