Une Inde safran: les nationalistes hindous de Modi vers une victoire écrasante

Par AFP | Publié le 23 mai 2019 à 12h40 | Vu 180 fois
Une Inde safran: les nationalistes hindous de Modi vers une victoire écrasante
Le président du parti du Congrès, Rahul Gandhi, à la sortie du bureau de vote, le 12 mai 2019 à New Delhi - © AFP/Archives

Le parti du Premier ministre Narendra Modi possédait jeudi une large avance dans les premières tendances du dépouillement des législatives indiennes, annonçant une reconduction des nationalistes hindous à la tête du géant asiatique.

À 15H00 locales (09H30 GMT), le BJP était en tête du comptage des voix dans 300 circonscriptions, sur 542 sièges de députés à la chambre basse du Parlement, d'après le site de la commission électorale.

Si ces tendances se confirment, l'hémicyle de la Lok Sabha devrait présenter pour les cinq prochaines années une écrasante dominante safran, la couleur des nationalistes hindous. Le BJP devrait même encore y détenir seul la majorité parlementaire de 272 sièges, une situation peu courante dans l'histoire politique indienne, plutôt habituée aux larges coalitions.

Par contraste, le parti du Congrès, principale formation d'opposition, ne faisait la course en tête que dans 50 circonscriptions.

Bien qu'aucun siège n'ait encore été officiellement attribué, les nationalistes hindous ont d'ores et déjà revendiqué la victoire. "L'Inde gagne à nouveau !", s'est exclamé Narendra Modi sur Twitter, où il est suivi par 47 millions d'abonnés. "Ensemble nous bâtirons une Inde forte et inclusive", a-t-il ajouté.

Son puissant bras droit et patron du BJP, Amit Shah, a estimé sur ce même réseau social que "cette grande victoire est la victoire de la foi du peuple en cinq années de leadership progressiste et fort du Premier ministre Modi".

Pratiquant une ultra-personnification du pouvoir et doté d'un sens politique redoutable, Narendra Modi, 68 ans, a fait de ces législatives un quasi-référendum sur sa personne. Cet adepte d'une gouvernance par coups d'éclat (bombardement au Pakistan, démonétisation surprise de billets...) a axé sa campagne sur un discours sécuritaire anxiogène, s'érigeant en défenseur de la nation.

"Il a amené le programme nationaliste hindou dans chaque foyer. Il a dit que le pays était en danger à cause du Pakistan et les gens l'ont cru", a déclaré à l'AFP Hemant Kumar Malviya, professeur de sciences politiques à l'université hindoue de Varanasi.

Les marchés financiers indiens, qui voient le chef de gouvernement comme favorable aux affaires, ont bondi à l'annonce de ces premières tendances et atteint des niveaux inédits. L'indice Sensex a brièvement franchi la barre encore jamais atteinte de 40.000 points. La roupie se renforçait aussi face au dollar.

- Circonscription familiale -

Des stars de Bollywood aux modestes vendeurs de rue, des agriculteurs de la plaine du Gange aux magnats milliardaires, 67% des 900 millions d'électeurs indiens se sont exprimés pour ces 17e législatives depuis l'indépendance du géant d'Asie du Sud, un niveau de participation normal.

La démocratie la plus peuplée du monde a élu ses députés au cours d'un vote marathon étalé sur six semaines entre avril et mai, le plus grand scrutin jamais organisé dans l'Histoire. Le comptage des voix, enregistrées sur des machines électroniques dans plus d'un million de bureaux de vote, a débuté jeudi à 08H00 locales (02H30 GMT) à travers le pays.

Le ministère de l'Intérieur a demandé aux autorités locales de se tenir en alerte sur de possibles éruptions de violence.

À la télévision, sur internet, sur des affiches dans la rue, le visage orné d'une barbe blanche et barré de fines lunettes de Narendra Modi est une présence constante dans la vie quotidienne des Indiens depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Une saturation de l'espace public que l'Inde n'avait plus connue depuis la Première ministre Indira Gandhi, assassinée en 1984.

Le charismatique fils d'un vendeur de thé du Gujarat (ouest) est opposé à une myriade de puissants partis régionaux bien décidés à le faire chuter, ainsi qu'à l'historique parti du Congrès emmené par l'héritier de la dynastie politique des Nehru-Gandhi, Rahul Gandhi.

Arrière-petit-fils, petit-fils et fils de Premiers ministres indiens, Rahul Gandhi, 48 ans, a pris en 2017 les rênes du Congrès avec la lourde charge de rajeunir et ramener aux responsabilités une formation hétérogène et usée par sa longévité.

Si les tendances du dépouillement se concrétisent, le BJP s'apprête une nouvelle fois à infliger au parti l'une des pires défaites de son histoire.

Rahul Gandhi pourrait même être battu dans sa circonscription familiale d'Amethi (Uttar Pradesh, nord), où la candidate du BJP possède une légère dans le comptage des voix à la mi-journée. Il devrait quand même siéger au Parlement car il concourait en parallèle dans une circonscription du Kerala (sud).

"La campagne (du Congrès) a été un désastre et leur existence même est maintenant en question", a estimé Hartosh Singh Bal, journaliste politique au magazine The Caravan.

Avant même l'annonce officielle des résultats, des messages de la communauté internationale parvenaient déjà au Premier ministre. "Félicitations sincères à mon ami Narendra Modi pour votre victoire impressionnante aux élections ! Les résultats des élections sont une nouvelle confirmation de votre leadership et de la façon dont vous dirigez la plus grande démocratie du monde", a tweeté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a tissé des liens étroits avec le dirigeant nationaliste indien.

Mots clés : élections, Inde,

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