Le Grand Séchoir vous conte l’histoire d’une noix

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 24 juin 2019 à 07h00 | Modifié le 24 juin 2019 à 10h12 | Vu 375 fois
Le Grand Séchoir vous conte l’histoire d’une noix
Édouard Lynch et Marion Carcano ont travaillé durant une année pour rendre accessible au plus grand nombre l’histoire de la noix de Grenoble. - © Aurélie Amieux

Il y a 80 ans, au mois de juin 1938, une petite révolution se produisait au cœur de la filière nucicole. Pour faire face à la concurrence américaine ainsi qu’aux conséquences de la crise économique de 1932, elle décidait de garantir la qualité de sa noix en demandant sa labellisation AOC. Une grande première pour un fruit ! C’est toute la complexité de cette histoire intrinsèquement liée au contexte international qu’a décidé d’exposer, jusqu’au 31 décembre 2020, Le Grand Séchoir, à Vinay.

II est commun de dire que l’être humain, tel un arbre, doit avoir connaissance de ses racines, savoir dans quelles terres elles s’enracinent afin de se construire et grandir. Une pensée que rejoint Édouard Lynch, historien spécialisé dans l’histoire de l’agriculture contemporaine qui, aux côtés de Marion Carcano, directrice du Grand Séchoir, a élaboré cette exposition en l’honneur des 80 ans de l’AOC de la noix de Grenoble. Il déclare ainsi : « Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. » Jeudi 13 juin, élus, producteurs, visiteurs et Vinois étaient tous réunis pour lancer l’exposition permanente du Grand Séchoir, qui tente de retracer la « belle histoire des 80 ans d’appellation d’origine contrôlée », pour ainsi contribuer à rendre cette « aventure » plus accessible et à rétablir certaines vérités.

Connaître le passé pour éclairer le présent

Il aura fallu plus d’un an à Marion Carcano et à Édouard Lynch pour dessiner le fil chronologique de l’histoire de la noix de Grenoble. Coupures de presse, archives nationales, témoignages, courts-métrages…, tout a été répertorié dans l’idée de répondre à une volonté globale, celle d’aller le plus loin possible dans l’histoire de la noix grenobloise afin d’en comprendre tous les enjeux et de parfaitement jouer ce rôle de passeur qu’incarne un musée. Marion Carcano explique : « L’histoire de la noix de Grenoble est passionnante, car c’est celle d’un territoire et d’un savoir-faire, qui est fortement liée à celle des États-Unis, ainsi qu’au commerce international. Au travers de documents rares, de figures emblématiques, nous avons voulu rendre l’histoire de cette filière plus accessible aux visiteurs du musée, mais surtout que les producteurs se réapproprient leur propre histoire. » Car connaître son passé peut éclairer son présent et surtout son avenir, notamment lorsque celui-ci doit faire face à de nouveaux enjeux écologiques et environnementaux, comme le rappelle Yves Borel, président du Comité interprofessionnel de la noix de Grenoble. Lors de l’inauguration de l’exposition, il soulignait : « Aujourd’hui, notre filière doit affronter de nombreuses problématiques notamment économiques et environnementales. C’est pourquoi il est important de venir contempler cette exposition avec curiosité et un regard neuf, pur, pour mieux comprendre la réalité de la filière, ainsi que la vérité sur son histoire. »

Un recueil de l’histoire de la noix en préparation

Une histoire qui n’a pourtant pas été simple à retranscrire en raison de sa concentration géographique sur un petit territoire et du manque de documentation archivée. L’historien Édouard Lynch revient sur ce travail de recherche : « Nous sommes partis de rien, nous n’avions pas de fil rouge, si ce n’est celui d’expliquer chaque fait marquant de la filière. Nous avons essayé de construire son histoire, qui était très partielle, hachée, avec de nombreux blancs, car très complexe. Les petites histoires comme celles de la noix sont toujours liées à la grande Histoire de la France. Il y a des interactions très fortes entre la mémoire individuelle, locale et collective. Par exemple, le grand gel de 1956 a eu pour conséquence la replantation d’une grande partie des noyeraies avec une seule variété, la franquette. Une démarche que voulait imposer l’État depuis longtemps et que la nature a précipitée !»

Pour Patrice Ferrouillat, président du conseil d’exploitation du Grand Séchoir, cet hommage à l’AOC de la noix de Grenoble par le musée était essentiel afin « d’accompagner les acteurs de la filière d’aujourd’hui à faire les bons choix, la grande majorité d’entre eux étant nés avec l’AOC, ils n’ont donc pas eu à la défendre. Le musée, en tant que lieu touristique et culturel, se doit d’apporter la connaissance et surtout faciliter les échanges, les discussions, en apaisant les tensions et en permettant l’écoute mutuelle. La noix de Grenoble doit continuer à être la fierté de ses producteurs et des habitants de son territoire. »

Une préservation de la fierté qui passera par des choix, à savoir faire de la qualité ou de la quantité, pour ainsi se démarquer sur la scène internationale. Une réflexion que peut donc nourrir cette exposition sur les 80 ans de l’AOC en mettant en évidence que chaque événement local est souvent la conséquence d’une décision internationale. Et pour celles et ceux qui seraient quelque peu frustrés de ne pas en savoir davantage sur l’histoire de la noix de Grenoble, rassurez-vous, la publication d’un recueil est en cours de réalisation.

Aurélie Amieux

+ D’infos : Exposition La noix de Grenoble, une belle histoire jusqu’au 31 décembre 2020, au Grand Séchoir, à Vinay. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 h à 18 h jusqu’au 1er novembre. Renseignements au 04 76 36 36 10 ou sur legrandsechoir.fr

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