Les reliques, guides interstellaires des pèlerins

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 10 juillet 2019 à 07h00 | Vu 216 fois
Les reliques, guides interstellaires des pèlerins
Le 22 juin, ils ont été nombreux à venir assister à l’inauguration de la nouvelle exposition du musée de Saint-Antoine-l’Abbaye. - © Xaviera Bogaczyk

Philippe George, conservateur du Trésor de la cathédrale de Liège, les considère comme le 4e pouvoir en raison de leur puissance spirituelle, à savoir celle de connecter l’individu mortel avec l’au-delà. Ce pouvoir, ce sont les reliques et toute la dévotion qui les entoure, thème de la nouvelle exposition du musée départemental de Saint-Antoine-l’Abbaye. Jusqu’au 10 novembre, des pièces d’exception, révélant par le prisme de saint Antoine l’Égyptien l’importance des reliques dans l’histoire des sociétés et de leur essor, sont à apprécier au Noviciat, avec l’exposition « Chemins d’étoiles, reliques et pèlerinages au Moyen Âge ».

Quelle autre meilleure raison peut-on trouver que la date anniversaire des 900 ans de la dédicace par Calixte II du premier sanctuaire érigé pour abriter les reliques d’Antoine le Grand, pour lancer une exposition exceptionnelle sur les vénérations ostentatoires des reliques ?

C’est pourquoi il est paru logique à Géraldine Mocellin, directrice du musée de Saint-Antoine-l’Abbaye, et à tous ses collaborateurs, de proposer une exposition qui, par le biais d’objets de dévotion, incarnerait le cheminement historique de la naissance de l’abbaye antonine et de l’évolution du bourg qui l’entoure. « Depuis toujours, je me passionne pour le trésor antonin que sont les reliques et ce culte sans limites pour les saints. Initialement, nous pensions axer l’exposition sur le thème des coptes, puis le musée a été labellisé Catalogue des désirs par le ministère de la Culture, nous offrant ainsi l’opportunité d’accueillir un chef-d’œuvre national avec la tapisserie du Départ de l’enfant prodigue. Nous avons alors décidé de travailler sur les reliques et leur pouvoir de dévotion avec les pèlerinages », explique la directrice.

Douze chefs-d’œuvre de la cathédrale de Liège

Aux côtés de cette œuvre d’exception présentée lors de l’inauguration de l’exposition samedi 29 juin, douze pièces ont été prêtées par le Trésor de la cathédrale de Liège, dont des gravures, des tissus, une croix reliquaire et deux chefs-d’œuvre : la châsse de saint Simètre et le reliquaire de saint Jacques, coup de cœur de Géraldine Mocellin. Celle-ci a apprécié de collaborer avec Philippe George, du Trésor de Liège : « Lorsque j’ai contacté le Trésor, j’ai eu un accueil chaleureux et leur démarche a toujours été positive, avec des propositions de pièces extraordinaires et qui répondaient à notre volonté d’exposer des objets d’art et non les reliquaires dans leur fonction première. »

Car la fonction première d’un reliquaire est d’être un objet de dévotion, de vénération, en raison de la supposée puissance miraculeuse de guérison des reliques. Philippe George dévoile : « Au Moyen Âge, le pouvoir des reliques va naître des seigneurs, des rois, qui vont leur donner cet attribut de guérisseur et de lien avec l’au-delà. Rapidement, elles vont devenir un objet politique, car synonyme de prestige et de protection. » Un dernier point confirmé par Sylvain Demarthe, docteur en histoire de l’art du Moyen Âge et coordinateur de la publication : « Aujourd’hui encore, en raison de ces notions de prestige et de protection, des conflits existent pour l’acquisition de reliques, comme Arles, qui revendique toujours la possession des véritables reliques de saint Antoine ! Mais de nos jours, la dévotion est populaire et moins politique. »

Une scénographie inspirée de la voie lactée

À l’image d’un pèlerinage sur les routes de Saint-Jacques-de-Compostelle, la scénographie de l’exposition réalisée par Pierre-Vincent Fortunier est le reflet d’une voie lactée, où les reliques sont de petites étoiles guidant le pèlerin sur les chemins de son introspection. Ce sont donc une quarantaine d’œuvres remarquables que le musée départemental de Saint-Antoine-l’Abbaye propose de partager avec le public. Une richesse considérée lors de la soirée d’inauguration comme le « joyau du patrimoine isérois » par le président du Département, Jean-Pierre Barbier, et qui pourrait contribuer à l’inscription de Saint-Antoine sur la liste des musées de France. Une ambition que Michel Prosic, directeur des affaires culturelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Drac) s’est engagé à défendre : « Je siège au conseil des musées de France, et je m’engage à défendre la place de Saint-Antoine sur la liste. Je tiens également à annoncer que la Drac sera solidaire de la commune pour réparer les dégâts causés par la tempête du 15 juin dernier. »

Tel l’évêque Théophile au VIe siècle, suivez les étoiles et laissez-vous mener au musée de Saint-Antoine-l’Abbaye pour apprécier et pénétrer un peu plus dans l’histoire antonine à travers ces Chemins d’étoiles, reliques et pèlerinages au Moyen Âge.

Aurélie Amieux

+ D’infos : Exposition Chemins d’étoiles, reliques et pèlerinages au Moyen Âge, visible jusqu’au 10 novembre au Noviciat, musée départemental de Saint-Antoine-l’Abbaye. Gratuit. 

Horaires d’ouverture sur Internet : musee-saint-antoine.fr

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