Révéler les murs endormis

Par Cécile Alibert | Publié le 10 juillet 2019 à 07h00 | Vu 913 fois
Révéler les murs endormis
Derrière les façades grises et les tapisseries vieillottes, pourrait se cacher «un patrimoine quotidien» où il fait bon vivre. - © Cécile Alibert

«Tel quel, personne n’a envie de vivre dedans.» Et pour cause. Avec ses tapisseries fleuries, son lino démodé, sa circulation avoisinante, le 40-42 boulevard Gambetta, à Saint-Marcellin, manque d’arguments pour attirer les locataires. C’est pourtant dans cet immeuble que Mathilde Luguet et Florian Camani ont invité le public pour clore leur résidence d’architectes, les 28 et 29 juin. Visite guidée.

Au 40-42 boulevard Gambetta, au centre-ville de Saint-Marcellin, une banderole lance une invitation : «Portes ouvertes, clôture de la résidence d’architectes». Les 28 et 29 juin, des plantes égayent l’entrée, des visiteurs discutent sur le pas de la porte. Une scène inhabituelle pour un trottoir où le passant se fait rare, rebuté par la grisaille des façades et le bal incessant des voitures.

A l’intérieur, il ne faut pas s’attendre à des travaux d’envergure. Si la couche de poussière a disparu, les tapisseries vieillottes sont toujours là, tout comme le lino défraîchi. Car la résidence d’architectes ne visait pas tant à transformer, mais plutôt à suggérer. Durant six semaines, Mathilde Luguet et Florian Camani ont ainsi étudié des pistes pour rendre l’habitat ancien «désirable». 

Un enjeu de taille à Saint-Marcellin, dont le centre compte 30 % de logements vacants. «Cet immeuble est un cas d’école. Nous n’avons pris ni le pire, ni le meilleur, mais un entre-deux», précise Florian Camani, qui s’improvise guide pour l’occasion.

De bas en haut, du bruit vers le calme

Rez-de-chaussée. «Cette partie était autrefois réservée aux espaces de vie, commente l’architecte. Mais avec l’arrivée de la départementale, personne ne veut vivre ici.» D’où l’idée d’inverser l’organisation. En bas, le bruit des voitures n’empêche pas de partager un moment convivial dans la cuisine ou de lancer un cycle de machine dans la pièce attenante, reconvertie en buanderie.   

A l’étage, le calme retrouvé invite à la détente. Ici, une jeune femme s’étend sur un lit, un roman à la main. Là, un homme se brosse les dents dans une salle de bains. Tous deux sont des acteurs du collectif «En attendant le nom», convié par les architectes à animer les lieux le temps des portes ouvertes. 

«Ici, on est sur le rempart, et pas ailleurs»  

Dans certaines pièces, ni meuble, ni comédien, mais des interrogations. Une carte du centre-ville interpelle sur l’ampleur des logements vacants, tandis que des photos révèlent leurs intérieurs vétustes. «C’est vieux, c’est moche, rasons !», seraient tentés de dire certains. Pas Dimitri, Rémy et Jérôme, jeunes écoconstructeurs curieux de découvrir le rendu de la résidence. «Saint-Marcellin est une ville dortoir entre Valence et Grenoble. Dommage que la réflexion arrive si tardivement..., regrette Dimitri. Il y a pourtant du cachet, avec de petits îlots inexploités.»

« Ici, on est sur le rempart et pas ailleurs, complète Florian Camani, qui invoque également l’argument écologique pour conserver le bâtiment. Pourquoi consommer plus ? Il y a déjà un potentiel énorme à l’heure où l’on ne cesse de construire sur des terres agricoles, nous obligeant à dépendre de la voiture. » Un discours qui se retrouve jusque dans l’exposition, réalisée à « 90 % avec des matériaux réutilisés ». 

Un imaginaire sans limites

Si les architectes voient dans l’îlot Gambetta un «patrimoine», ils ne sont pas fermés pour autant. «L’objectif n’est pas de tout raser, ni de tout sauvegarder, modère Florian Camani. On peut couper des bouts d’immeubles. L’architecture est malléable et s’adapte aux usages.» 

Maison sur quatre niveaux, duplex à chaque étage, balcons donnant sur le square Barbara, terrasse au sommet... Si l’imaginaire est sans limites, qu’en est-il du budget pour remettre au goût du jour l’ensemble ? «Entre 1 200 et 1 500 euros du mètre carré», estime l’expert. «Réhabiliter est moins cher que de tout casser et refaire», assure de son côté Florian Golay, président de la Maison de l’architecture de l’Isère. Comme pour appuyer leur position, une pièce accueille un diaporama sur lequel défilent des exemples de réhabilitation à tous les prix, réalisés en France ou à l’étranger. 

Dernier étage. Florian Camani termine par le clou de la visite : une terrasse sous les toits, créée en abattant une simple cloison. Dans cet espace ouvert sur la place Jean-Sorrel circule un vent bienvenu en ces temps caniculaires. Des plantes offrent un coin de verdure au beau milieu de la ville. Le bruit des voitures ne semble alors plus qu’un lointain souvenir... 

Cécile Alibert

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