Rallye de Saint-Marcellin annulé : l'économie locale sous tension

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 15 juillet 2019 à 11h10 | Modifié le 15 juillet 2019 à 11h46 | Vu 1214 fois
Rallye de Saint-Marcellin annulé : l'économie locale sous tension
Au moment de démonter les installations du rallye, les membres de l’Asa saint-marcellinoise ont affiché leur fort esprit de solidarité. - © DR

Au départ, ils ont cru à une mauvaise blague de leurs contradicteurs. Durant plusieurs heures, le doute, l’inquiétude, la quête d’informations ont régné au sein de l’Asa saint-marcellinoise jeudi 4 juillet, veille du top départ de la 31e édition du Rallye national de Saint-Marcellin. Puis, en fin de journée, le couperet est tombé, la rumeur est devenue une certitude : le rallye ne pourra pas se tenir en raison de l’activation du niveau 1 d’alerte pollution par la préfecture de l’Isère. Toute course automobile ou moto est alors interdite jusqu’à la levée de l’arrêté. Cette décision est vécue comme « une attaque arbitraire envers le sport automobile » par l’Asa saint-marcellinoise, ses bénévoles et les équipages. Mais pas que…
Le Rallye national de Saint-Marcellin n’est pas une simple manche de championnat. Ces deux jours de manifestation sont aussi d’un point de vue local un important levier économique. Ainsi, avec un rallye annulé, ce sont certes des pilotes sans compétition, mais ce sont surtout des associations, des commerçants et des hébergeurs qui se retrouvent avec des marchandises invendables et une trésorerie mise en péril, amputée d’un apport considérable.

Un fort sentiment d’injustice
Décidé et annoncé tardivement, cet arrêté préfectoral a été vécu par les différents acteurs de cet événement sportif comme une véritable injustice, d’autant plus qu’il n’y a eu aucune communication ou possibilité d’aménagement du déroulé des courses proposées par les institutions. Ce que confirment les organisateurs Fabrice Bect et Willy Quiron-Blondin, respectivement présidents de l’Asa saint-marcellinoise et de Sport mécanique : « Nous avons eu le sentiment que tout avait été traité avec légèreté. Le jeudi matin, nous avons au téléphone la préfecture qui nous informe que nous aurons l’autorisation de la course avant midi. Et en fin d’après-midi, on apprend par une commune voisine, ainsi que la presse, que le rallye est annulé en raison de l’activation de l’alerte pollution. Pendant de longues minutes, nous nous sommes demandé si c’était vrai ou si c’était une mauvaise blague car il nous était impossible de joindre la préfecture pour vérifier ces informations et en discuter. Nous étions désabusés et abasourdis. »

L’épreuve définitivement annulée le jeudi soir, le plus dur allait arriver pour les organisateurs : prévenir moins de 24 h avant le départ de la première voiture les 107 équipages, les commissaires, les partenaires, les associations et les commerçants, que le rallye n’aurait pas lieu. Une annulation qui est venue s’ajouter à celles des kermesses, vogues, feux d’artifice des week-ends précédents, mettant définitivement sous tension la trésorerie de nombreuses petites associations, comme a d’ailleurs tenu à le rappeler Jean-Michel Rousset, édile de Chevrières, dans la publication de son courrier adressé aux sénateurs isérois et à la députée de la circonscription. Les associations, mais également les comités des fêtes, à l’instar de celui de Saint-Appolinard, en charge d’une des buvettes sur le parcours du rallye : « C’est rageant, car cette décision a été prise la veille au soir de la manifestation, ce qui ne nous laissait aucune chance de nous retourner. On avait déjà toutes les commandes de nos marchandises, nous avions tout installé. Maintenant, tout nous reste sur les bras. Et pour Saint-Appolinard, cela fait la deuxième animation qui est annulée au dernier moment suite à un arrêté. Sans ces recettes, il sera difficile pour le comité de programmer des animations ou de financer des sorties pour les enfants du village. De plus, cela risque de fortement décourager les bénévoles, qui s’investissent beaucoup. »

Face à la difficulté, ils répondent par la solidarité
Du côté de l’association La Cabotte à lou petiot, à Chevrières, c’est le même son de cloche. Pour la garderie associative, la buvette mise en place durant le rallye saint-marcellinois représente plus de la moitié de son budget de fonctionnement. Émilie Belle, présidente de la structure chevrieroise révèle : « Étant une association, La Cabotte à lou petiot ne reçoit pas d’aides ou financements de l’État. Si on veut pérenniser la garderie et continuer à renouveler le mobilier, certains jouets, nous allons devoir organiser de nouvelles anima-tions d’ici la fin d’année. La recette de la buvette du rallye représente beau-coup pour nous, nous estimons cette perte à 6 000 €, ce qui est un manque à gagner important. Le seul point po-sitif est que nous avons pu annuler toutes nos commandes et ne pas être facturés, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. »

Ils le promettent, le 14e Rallye de la noix sera de haute volée
Face à l’urgence, solidarité et compréhension se sont instinctivement mises en place : « Pour ce qui est des engagements, ils seront tous remboursés, d’ailleurs nous en avons déjà fait parvenir, explique Willy Quiron-Blondin. Pour le reste, l’heure est aux comptes et aux bilans. Pour l'Asa, le rallye, c'est plus de 100 000 euros d'investissement. Nous allons donc discuter et voir comment nous pouvons contenter tout le monde, mais dans l’ensemble, ils sont tous conciliants et compréhensifs. » À l’image de la Cave Saint-Marcellinoise, qui, le jeudi soir, avait 80 fûts et 7 000 € d’investissement sur les bras. « Lorsque j’ai été informé de l’annulation, je me suis senti complètement démuni et tellement fatigué, car le stress de la préparation avait laissé place à celui du "Et après ? " Ce genre de décision, c’est psychologiquement dur. Cela brise la dynamique associative. Personnellement, j’avais beaucoup investi, notamment au niveau du personnel, que j’ai renforcé pour faire face à la demande. Ce sont des mois de travail foutus en l’air en quelques minutes et au dernier moment. De plus, si on avait été prévenus plus tôt, cela nous aurait évité de jeter les denrées périssables », lâche en colère Romain Vincent, gérant de la Cave.

Pour l’Asa saint-marcellinoise et Sport mécanique, l’heure est aujourd’hui aux actions pour réduire les dommages et éviter la mise en péril des prochaines éditions du rallye, un changement de date n’étant formellement pas envisagé par les organisateurs. Fabrice Bect précise : « L’organisation d’une épreuve comme un rallye est très carrée administrativement. Ainsi, les dates sont déposées auprès des services concernés plus de deux ans avant la compétition, et si on souhaite modifier une date, il faut le faire trois mois avant la nouvelle échéance. Pour nous, c’est donc inenvisageable. » Même si : « nous sommes conscients des problèmes de pollution et que nous souhaitons agir contre », insistait Patrice Landoin, de l’Asa, vendredi 5 juillet, ce sont la désillusion et la peine qui se lisaient sur les visages des bénévoles lors du démontage du village départ. Mais au moment de se quitter et montrer qu'ils ne sont pas abattus, ils se sont promis d’organiser cet automne une 14e édition du Rallye de la noix de Grenoble de haute volée !

Aurélie Amieux

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