75 ans après, « revivre la douleur »

Par Cécile Alibert | Publié le 05 août 2019 à 07h00 | Vu 1196 fois
75 ans après, « revivre la douleur »
Une à une, les personnalités défilent pour déposer une gerbe devant la stèle située au hameau des Belles. - © Cécile Alibert

Eté 1944. Les années passent, mais l’émotion reste vive à l’évocation des combats pour la libération du Vercors. Après Vassieux, La Chapelle ou Beauvoir, c’était au tour de Malleval d’accueillir le 29 juillet deux cérémonies, au hameau des Belles et à Patente où six maquisards ont succombé aux balles ennemies. L’occasion d’honorer la mémoire de ceux « qui sont morts pour que vive le meilleur de l’humanité ».

Au loin, seules les cloches mêlées aux aboiements viennent troubler le silence. La neige tombée lors du dernier rassemblement s’est retirée du paysage. Restent, alignés de part et d’autres de la route, les fidèles. Et le souvenir. Lundi 29 juillet, Malleval commémore le 75e anniversaire des combats pour la libération du Vercors. Premier point de rendez-vous : le hameau des Belles, où ont péri en 1944 Jean Cheval, Camille Lacour, Maxime Mayet et Félix Tonneau. 

Robert Veyret, ancien conseiller général et « enfant du pays », revient sur le déroulé des événements : « Les maquisards sont descendus vers la plaine pour avoir la vie sauve. Ils sont arrivés ici même et ont croisé des Allemands cachés dans les bois. Ce sont des jeunes de Cognin qui sont venus les relever dans des conditions que je ne veux pas évoquer aujourd’hui. C’était quelque chose d’épouvantable... » 

Le maire de Malleval, Vincent Bayot, salue l’engagement de ces hommes courageux. Car du courage, « il en fallait pour affronter un tel monstre ». Si cette période « paraît bien loin pour beaucoup », elle doit désormais servir de leçon. « 75 ans plus tard, les défis ont changé, mais ne sont pas moins gigantesques, complète l’édile. En 1945, l’humain était en mesure de détruire l’humanité par la guerre atomique. Aujourd’hui, l’humanité réalise qu’elle peut se détruire, même en temps de paix. » 

Autant la faute pouvait être reportée « entièrement sur les autres » durant le nazisme, autant elle semble à présent collective. « Nous sommes toutes et tous responsables de ce qui se passe, poursuit Vincent Bayot. C’est en changeant notre façon de vivre et de consommer que nous pourrons avoir un impact positif et résoudre les défis actuels. »

« Pourquoi se souvenir ? » 

Pour la deuxième cérémonie, direction le lieu-dit Patente, un peu plus au nord. En contre-bas de la route, là où subsiste encore une ruine, ont été fusillés Antoine Sanlaville et Joseph Gervasoni, ce même jour de juillet 1944. « Pourquoi se souvenir ?, interroge la députée Elodie Jacquier-Laforge, qui a rejoint le cortège. Ayons d’abord à l’esprit que rien n’est jamais acquis. Nos droits et libertés ont en commun une certaine fragilité : ils seront toujours la cible de ceux qui ne croient pas au projet républicain. La défense de notre liberté, acquise au prix de millions de vies humaines, ne peut donc être négligée. » D’où l’importance, selon l’élue, des cérémonies pour prouver « que la flamme du souvenir et de l’espoir d’un futur toujours meilleur ne s’éteindra jamais. Il nous appartient de la transmettre à la génération future qui aura l’immense honneur de la défendre ».

Vers midi, les cloches et les aboiements se sont tus. Seul résonne le Chant des partisans, suivi de la Marseillaise, entonnés à l’unisson par les fidèles, toujours alignés de part et d’autre de la route. « C’est important de revivre émotionnellement ce qui s’est passé, affirme le maire, Vincent Bayot. Il faut revivre la douleur pour ceux qui ne l’ont pas vécue. Montrer que c’était très violent, que ça a existé, que ce n’est pas quelque chose de théorique dont on se souvient vaguement. » Et ainsi, ne pas oublier six maquisards tombés 75 ans plus tôt pour faire triompher « le meilleur de l’humanité ». 

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