Voyage en terre méconnue

Par Cécile Alibert | Publié le 19 août 2019 à 07h00 | Vu 160 fois
Chayma, Iliane, Nahim, Juliette, Valentine, Zoé, Lou-Anne... De 4 à 18 ans, les jeunes de Beausoleil profitent d’un après-midi à l’extérieur. - © Cécile Albert

Beausoleil. Son nom a tout d’une promesse. Pourtant, le quartier peine à se défaire de sa mauvaise image, malgré les animations qu’il accueille régulièrement. Mardi 23 juillet, La Fabrik organisait une journée autour d’un repas partagé et de jeux d’eau pour les enfants. L’occasion de rencontrer ses habitants, aux avis contrastés sur leur lieu de vie.

Au quatrième étage, le quartier n’a jamais aussi bien porté son nom. La cuisine, baignée de lumière, offre une vue imprenable sur le Vercors ensoleillé. Une belle surprise qui contraste avec la première impression dégagée par les barres d’immeubles, coincées entre la route et le cimetière. C’est plus bas, dans une maison colorée visible depuis la chambre, que La Fabrik invite les habitants à partager un repas, mardi 23 juillet. « Nous sommes dans la villa Beausoleil, qui est l’ancienne MJC, précise l’animateur, Thierry Charles. L’idée est de faire revivre cette maison avec des animations. » 

Ce midi-là, l’initiative n’attire pas les foules. Ils ne sont que quatre, venus de Saint-Marcellin et Montagne, à avoir répondu à l’appel de l’espace de vie sociale. « C’est peut-être dû à la chaleur..., poursuit l’animateur. C’est pourtant l’occasion de créer du lien, d’échanger avec les habitants, de permettre à chacun de faire découvrir sa culture culinaire. » 

Autour de la table, Zhora s’étonne du manque d’affluence. Ce n’est pas faute d’avoir sollicité son entourage : « J’ai dit aux voisins de venir... Je ne veux pas rester à la maison, je préfère donner un coup de main et partager avec les gens. » Résidente depuis plus de 40 ans, cette mère de famille connaît bien le quartier : « Je suis venue d’Algérie à 18 ans. J’ai été aux numéros 38, 34, 36... C’est très calme ici. On s’entend bien, on s’installe tous les soirs sur des chaises dehors. » 

« Une réputation plus du tout justifiée »

L’après-midi, l’animation prévue pour les enfants rencontre plus de succès. Il faut dire qu’en ces temps caniculaires, les jeux d’eau gonflables arrivent à point nommé. « Il fait 28 degrés dans la chambre de ma fille et 32 dans la cuisine », constate une maman qui préfère rester anonyme. Tout en observant sa petite de 3 ans s’engager sur le toboggan, la jeune femme confie : « C’est la deuxième année que je suis ici. C’est mal isolé, il y a des problèmes de voisinage. Je vais bientôt retravailler. Dès qu’on peut, on part ! Je rêve d’une maison dans un endroit calme. » 

à proximité, cinq sœurs sont descendues échapper à la fournaise intérieure. Même si les voix ou les pas des voisins résonnent dans leur appartement, elles disent s’y sentir bien, d’autant qu’elles passent le plus clair de leur temps à l’extérieur. Raid aussi préfère sortir. « D’habitude, je vais au lac avec mon père ou à la piscine. Sinon, je joue dehors ou je reste chez moi et je dors... », raconte l’adolescent de 12 ans, un seau d’eau à la main. Quant à Chayma, qui « aime bien les jeux », la voilà ravie de participer aux animations du jour, délaissant « les écrans » pour l’occasion. 

Nahim, 9 ans, est pour sa part venu avec son frère et sa mère, qui a grandi à Beausoleil. « Je suis revenue en 2011 pour me rapprocher de mes parents, qui habitent aussi ici », déclare Fatma. Elle ne tarit pas d’éloge sur les lieux, même si « la vie de quartier, très familiale » de son enfance lui manque. « Les anciens sont partis et les nouveaux arrivants ne veulent pas se mélanger. Regardez aujourd’hui, il y a les enfants, mais aucun parent. Les parents ne s’investissent pas comme avant, les enfants sont souvent livrés à eux-mêmes et restent dehors tard le soir. » Résultat, cette auxiliaire de vie se voit contrainte parfois de « faire la police » pour faire régner l’ordre dans son allée. 

Selon elle, le quartier pâtit encore d’une mauvaise image, héritée du temps où sévissaient « les caïds », alors qu’elle était « gamine ». « C’était comme à Marseille, se souvient la résidente. Même si c’est fini, l’étiquette est toujours collée. ça reste Chicago dans la tête des anciens. » Thierry Charles confirme : « Cette réputation n’est plus du tout justifiée. Il y a des espaces verts, des jeux, le city stade, la maison de santé et le Diapason. » Sans compter les animations estivales venues apporter aux habitants un peu de soleil. 

0 commentaires

Envoyer un commentaire