Frédéric Domenge : « Il faut parvenir à s’assurer des temps démocratiques »

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 11 septembre 2019 à 07h00 | Vu 153 fois
Frédéric Domenge : « Il faut parvenir à s’assurer des temps démocratiques »
Frédéric Domenge va se concentrer sur la coordination entre les différents acteurs du territoire. - © Aurélie Amieux

La culture est souvent considérée dans les projets politiques comme non vitale. Mais, le monde évoluant, de nombreuses institutions œuvrent pour en faire l’axe central du vivre ensemble. Ainsi, de plus en plus de projets de mutualisation voient le jour, comme entre la Ville de Saint-Marcellin et l’intercommunalité Saint-Marcellin Vercors Isère. Par le biais d’une direction culturelle commune, les élus ont choisi de mutualiser leurs actions sur le territoire. Entretien avec Frédéric Domenge, successeur de Célia Cot au poste de directeur des services culturels des deux collectivités.

Vous venez d’être nommé au poste de directeur de la culture de la Ville de Saint-Marcellin et de l’intercommunalité. Qu’est-ce qui vous a incité à postuler ?

Frédéric Domenge : Au-delà du territoire, qui est très attrayant, c’est l’articulation entre l’action culturelle de la Ville de Saint-Marcellin et de l’intercommunalité qui m’a le plus motivé. Cette articulation est très importante pour moi, car cela signifie qu’il y a déjà une dynamique à l’œuvre depuis plusieurs années, avec des acteurs convaincus du fait culturel. Il s’agit pour moi de poursuivre ces bases qui ont été édifiées notamment par Célia Cot, et de travailler à poser un solide socle pour une politique culturelle commune.
Les territoires traversent un moment important, car ils sont en pleine mutation, en plein changement d’échelle et peut-être bientôt de gouvernance. Des changements qui sont souvent frénétiques, j’en parle par expérience. Mais ici, il y a déjà des bonnes bases qui permettent d’être serein, rapidement constructif et utile je l’espère.

« Rapprocher les œuvres de l’esprit et les gens »

Un autre point m’a ensuite séduit dans le profil du poste, c’est l’action culturelle qui est menée sur le territoire et que je définis de la manière suivante : toutes les actions qui peuvent être entreprises pour rapprocher les œuvres de l’esprit et les gens, notamment celles et ceux qui ne pensent pas à accéder à la culture. Sur le territoire, c’est une politique qui est déjà bien en place.

Vous avez abordé le sujet de l’évolution des sociétés, mais comment expliquez-vous qu’il y ait encore un grand nombre de personnes qui pensent que la culture est inaccessible ?

F.D. : Dans la réalité, tout le monde est en contact avec la culture, que ce soit dans une médiathèque ou une salle de cinéma, ou bien encore chez soi en regardant un film. On est toujours empreint d’un objet culturel ou artistique. Mais là, il s’agit d’aller au plus près des œuvres et des artistes, ce qui nécessite, nous concernant, notamment dans les territoires ruraux, un travail plus conséquent de médiation en les intéressant de manière plus précise à cette culture, car ils n’en tireront que des bénéfices. Dès le plus jeune âge, il faut enrichir son imaginaire et ainsi prendre conscience du monde dans lequel on vit, du vivre ensemble. Par cette dimension sociale, sociologique, la culture devient un enjeu politique.

« Un sentiment d’unité dans l’émotion »

Ensuite, il y a une autre dimension sur laquelle on peut agir, c’est la notion d’attractivité. Un territoire qui bouge dans les loisirs, les sports, le tourisme, est un territoire attractif. Le travail du service public est donc d’intéresser le plus grand nombre à une culture qui ne rentre pas forcément dans les standards. Pour cela, je crois beaucoup aux valeurs d’interactions. Nous sommes déjà tous sensibilisés à la pratique culturelle, mais l’action du service public est de veiller à faire connaître le travail de son égal pour dépasser l’individualisme des sociétés en créant un sentiment d’unité, de solidarité dans l’émotion.

Le Diapason fête cette année ses 10 ans. À son ouverture, l’ambition était d’en faire une maison de la culture, mais cela n’a pas fonctionné. Avec votre regard nouveau, comprenez-vous pourquoi ?

F.D. : S’il y a une problématique, je pense qu’elle dépasse la question culturelle. Il s’agit plus d’un problème de mobilité. Si vous voulez faire d’une salle un lieu de vie culturelle, il faut impérativement qu’elle soit poreuse à la population qui l’environne. Il faut donc qu’elle soit ouverte au public sept jours sur sept, avec de grandes amplitudes horaires, ce qui est très facile à formuler à l’oral mais très difficile à mettre en œuvre d’un point de vue humain et financier. Il faut donc avoir sur ce sujet une grande réflexion.

Un changement de direction engendre souvent des craintes auprès des partenaires. Que pouvez-vous dire ?

F.D. : Un changement de personne ne veut pas forcément dire un changement de politique ou de projet. Je suis très respectueux du travail réalisé par Célia Cot et je vais le poursuivre. Après, c’est l’avenir qui le dira, notamment cette saison avec les élections municipales, qui peuvent engendrer des changements. Mais il y aura à ce moment-là des échanges, des discussions. Nous vivons dans un monde en mouvement. Le point positif est que cela donne une bonne dynamique. Le point négatif est que nous sommes aliénés à ce mouvement. Il faut dans ce contexte parvenir à s’assurer des temps démocratiques avec des moments d’écoute, de débat. Sans cela, il n’y a pas de réflexion, pas de culture. Il n’y a jamais de temps perdu à écouter les autres.

Quels vont être vos premiers gros dossiers de la rentrée ?

F.D. : Dans la culture, on travaille toujours par anticipation. La saison 2019-2020 est donc bouclée et engagée. Cette première année sera pour moi une année d’observation, de comparaison et de rencontres. En prenant mes marques, je vais me concentrer sur la coordination entre les différents acteurs du territoire afin de développer la culture sans qu’on se marche dessus et que chacun se sente bien dans ses initiatives.

Propos recueillis par Aurélie Amieux

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