Vercors : Le projet éolien a du plomb dans l'aile

Publié le 24 septembre 2019 à 00h00 | Modifié le 24 septembre 2019 à 16h20 | Vu 538 fois
Vercors : Le projet éolien  a du plomb dans l'aile
Après l'hirondelle géante l'an dernier, d'autres défis se préparent. - © DR

C’est l’histoire du « pot de terre contre le pot de fer ». D’un côté, « un petit collectif qui ne pèse pas lourd ». Face à lui, l’un des leaders mondiaux dans le domaine des énergies renouvelables qui projette d’installer six éoliennes à proximité du col de la Bataille. Associations, professionnels du tourisme et chasseurs appellent la population à se mobiliser dimanche 22 septembre pour préserver le site.

Avant d’atteindre la destination, première halte au pas de l’Aubasse, où le silence est tel que toute parole paraît indécente. Il faut attendre d’être sur le col pour retrouver un semblant de civilisation. De part et d’autre de la route, les voitures stationnent, les randonneurs se croisent. La température n’atteint pas 15 degrés, tandis que le vent s’époumone en ce premier jour de septembre. 

Difficile de croire que le site serait menacé. C’est pourtant ce que laisse entendre une banderole installée en contre-bas, dans le village de Léoncel (Drôme). Dimanche 22 septembre, le collectif de sauvegarde du col de la Bataille devait organiser la deuxième édition de la «Fête du vent sans éoliennes». L’objectif :  se mobiliser contre le projet du groupe Res d’implanter six éoliennes à proximité. En raison du mauvais temps, elle a dû être annulée. Ce n'est que partie remise. 

Un projet «au point mort»

Depuis un an, les opposants − associations, professionnels du tourisme mais aussi chasseurs − restent sans nouvelles. «Il y a des bruits de couloir comme quoi le projet aurait été abandonné, avance Lionel Mazzoleni, président de l’assocation d’opposition Sauvons Léoncel. Mais il faut continuer à faire des manifestations, car ces batailles-là sont longues...»
D’où l’idée d’organiser une nouvelle Fête du vent pour sensibiliser le public au site − qui abrite un couloir de «migration unique en France» − et montrer que le collectif reste «vigilant face à la volonté d’un promoteur d’y installer de grosses machines».

Coin venté, centre des villages «à plus d’un kilomètre», impact acoustique «limité»... Le col de la Bataille multiplierait pourtant les atouts, selon une lettre d’information publiée par le groupe Res en août 2017. Sans compter que le projet s’inscrirait dans la «volonté du parc naturel régional du Vercors de devenir un territoire à énergie positive». 

Un discours qui, aujourd’hui, ne semble plus d’actualité, comme le révèle Emmanuel Jeanjean, chargé de mission à l’énergie au parc : «Le groupe devait faire une demande de permis de construire auprès des services de l’Etat, mais le dossier n’a pas été déposé. L’entreprise juge que les conditions d’accueil du projet ne sont pas réunies.» 

«Il n’y a pas eu d’activité et d’échanges depuis de nombreux mois. Le projet est totalement au point mort, confirme Christophe Morini, délégué à la transition énergétique du parc et maire de Saint-Agnan-en-Vercors. C’est plutôt une bonne chose pour le territoire, car le cas de Léoncel a empêché d’inscrire une réflexion sur les énergies renouvelables.» En septembre 2018, l’élu ne cachait pas qu’«en l’état, le projet sembl(ait) difficilement rentrer dans la grille d’exigences du parc», dont les représentants recommandaient à tout parc éolien de ne «pas mettre en danger une espèce par la mortalité directe ou le dérangement qu’il pourrait causer, notamment les espèces de chauves-souris et d’oiseaux», d’après une motion de février 2018.

Demain, des éoliennes dans le Vercors ?

Autant le groupe Res prônait la transparence en 2018, autant il se montre désormais distant. Suite à de multiples relances et «après discussion avec l’équipe en interne», le service communication a fini par répondre ne pas avoir «à ce jour (...) d’éléments communiquables sur (le) projet». Si l’affaire est «inactive», rien ne dit donc qu’elle est abandonnée. 

En attendant, les opposants s’interrogent sur la suite. «Ne faudrait-il pas péréniser l’événement et le collectif pour d’autres ambitions du même type, qui auraient des conséquences lourdes sur la biodiversité ?», se demande Sylvie Thirion, présidente de l’association Mille Traces. Car si la transition énergétique est souhaitable, elle ne doit pas se faire «n’importe où, n’importe comment». «Il faudrait des plans plus locaux, avec de petites éoliennes qui alimentent directement les villages», ajoute Sylvie Thirion. 

A l’heure actuelle, il n’existerait aucun autre projet éolien dans le parc. Emmanuel Jeanjean souhaiterait des financements pour repérer, «en concertation avec les communes, les sites les plus propices», où seraient accueillies non pas «des centaines d’éoliennes, mais un ou deux projets, du côté de la Gervanne et du Trièves». De son côté, Christophe Morini se montre prudent : «Peut-être qu’un jour, il y en aura, des petites ou des grandes... Ou peut-être qu’il faudra qu’il y ait autre chose... Tant mieux si ce dossier s’est éloigné de l’actualité, mais ne perdons pas de vue cette question : comment va-t-on produire de l’énergie renouvelable dans le Vercors ?» 

Quant à la maire de Léoncel, favorable au parc éolien, elle se dit «très déçue». «Peut-être était-ce trop tôt ? Le jour où un projet aura démarré, les autres suivront, prédit Jacqueline Charve. Mais pour l’instant, il y a les élections municipales...» Autrement dit, ce n’est pas le moment de brusquer la population. Meurtrie par l’affaire, elle annonce déjà qu’elle ne se représentera pas.

Cécile Alibert

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