« Au-delà des falaises », l’exposition qui revisite le paysage

Par Barbara Satre | Publié le 21 janvier 2020 à 16h15 | Modifié le 21 janvier 2020 à 16h26 | Vu 415 fois
« Au-delà des falaises », l’exposition qui revisite le paysage
Giula Turati, la directrice de la Halle, décrypte « Légèrement sculptural » de Fabrice Croux. - © Barbara Satre

À travers une sélection d’œuvres d’art contemporaines, le centre d’art La Halle, à Pont-en-Royans, amène le visiteur à repenser la notion de paysage et à se projeter… au-delà des falaises.

« Le paysage est ici partout, remarque Giula Turati en désignant le village. La roche, l’eau, les montagnes sont des éléments naturels qui ont façonné Pont-en-Royans, déterminé son architecture. L’identité du village s’est construite avec cela. » Ce thème du paysage, qui sied si bien au bourg, est d’ailleurs le fil conducteur de la saison culturelle de La Halle : il va teinter les expositions de 2020.

La directrice avertit : « Cette exposition ne parle pas de paysage au sens commun du terme. Au contraire, ces œuvres d’art détournent les clichés actuels qu’on peut avoir sur le milieu montagnard, les milieux naturels en général. Par ce pas de côté, elles visent à montrer que le paysage est un concept inventé par l’homme. Il n’y a rien de naturel. C’est l’homme, qui, à travers son regard pour un environnement donné et en fonction de ses stéréotypes, y voit un paysage. »

Des pierres flottantes

Cette exposition inédite rassemble sculptures, photos, vidéos, montages, bandes-son… Une quinzaine d’œuvres hétéroclites qui étonnent, interrogent, dérangent, bousculent la logique puis ramènent le visiteur à sa responsabilité, en tant qu’homme, dans la formation du paysage. Comme la curieuse grappe de Rebecca Brueder, Briquomérats. Suspendue au plafond, cette création est constituée de sacs plastiques remplis d’eau dans lesquels flottent… des pierres. Giula Turati décrypte : « Briquomérats fait référence au terme géologique "plastiglomérat", qui désigne une nouvelle forme géologique observée notamment dans les océans. Ces nouvelles pierres sont nées de l’agglomération de roche et de plastique. Cela peut se produire par exemple lors d’une activité volcanique, lorsque le magma rencontre du plastique. Cette sculpture pourtant aérienne n’a en fait rien de léger, elle dénonce une aberration physique créée par l’action de l’homme. »

Derrière l’œuvre d’art, l’anthropocène

Légèrement sculptural et La mine d’or de Fabrice Croux pointent également ces
« aberrations ». Ces deux maquettes avec leurs falaises finement découpées, zones boisées harmonieuses, sommets élancés et grottes mystérieuses, dépeignent « le cliché de la montagne, sans trace humaine, pure ». Mais elles sont fabriquées avec des matériaux industriels et à la peinture à bombe. « Rien de naturel, sourit Giula Turoti. De même, ces grottes pailletées n’existent pas, pourtant c’est comme cela qu’on se les représente, pleines de pierres précieuses. » Ces maquettes peuvent rappeler les décors plastiques des petits trains de notre enfance. La directrice acquiesce : « Justement, cette œuvre nous montre comment les loisirs plastiques enferment le naturel dans des stéréotypes. »

Julien Discrit va encore plus loin dans ce « détournement » en remettant en cause les représentations qui semblent pourtant être les plus fidèles à la réalité. Sur ses cartes, les lits de rivières deviennent des plateaux, les arêtes des chemins de fond de vallées. Et les sommets des creux. L’œil est perdu, l’esprit a perdu ses repères.
« En changeant l’emplacement du point de lumière, qui permet de montrer par des ombres les formes des reliefs, l’artiste a changé les bosses en creux », révèle la directrice.

Une autre artiste se joue aussi de notre crédulité : Gaëlle Foray. En assemblant des minéraux et des photos ou des petits objets en plastique, elle recrée des saynètes de notre monde. Ainsi, ce morceau de calcaire, que l’artiste a dû trouver lors d’une promenade, devient un lieu touristique pour un personnage découpé dans une photo. « En opposant des situations superficielles à des éléments naturels, Gaëlle Foray porte un regard ironique sur notre monde », décrypte Giula Turoti. Encore une autre perception du paysage pour aller « au-delà des falaises ».


+ D’infos : Exposition visible jusqu’au 14 mars, les mardis et vendredis de 16 h à
19 h, mercredis et samedis de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h. D'autres créneaux pour les groupes et les scolaires sont possibles sur rendez-vous (04 76 36 05 26).

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