Souad Massi, « libre » dans ses textes

Par Cécile Alibert | Publié le 03 février 2020 à 17h00 | Vu 916 fois
Souad Massi, « libre » dans ses textes
Souad Massi part à la rencontre de son public, « (s)a famille ». - © J.-Baptiste Millot

C’est un voyage musical qui attend à Saint-Marcellin le public du Diapason, samedi 7 février. La chanteuse franco-algérienne dévoilera son sixième album, « Oumniya », sorti en octobre dernier. Une « fusion » entre les cultures, où se mêlent tradition et modernité, thèmes engagés et universels.

- S’il fallait décrire votre univers...

Souad Massi : Je suis une artiste franco-algérienne, établie depuis 1999 en France. J’ai étudié la musique classique à l’Association des beaux-arts d’Alger. Si je devais décrire ma musique, je dirais qu’elle est très éclectique, sans style bien défini. Je puise dans toutes les musiques sur une base classique, folk... C’est une fusion.

- Qu’allez-vous chanter sur la scène de Saint-Marcellin ?

S.M. : Je serai accompagnée de deux percussionnistes. Le premier joue un instrument traditionnel, la derbouka. Le deuxième fait plutôt un habillage musical avec un set de percu’. J’intègre pour la première fois un violon dans ma formation. Et il y a aussi du mandole (instrument à cordes d’origine algérienne, NDLR). Ce sera très éclectique, une formation très acoustique.  

- Sera-t-il question de votre sixième album ?

S.M. : J’ai choisi quatre ou cinq titres de chaque album, mais oui, je mettrai en avant mon nouvel album pour le faire connaître au public.

- Peut-on parler d’un album de la maturité ?

S.M. : Je parle de sujets qui me tiennent à cœur. Il est primordial de défendre nos libertés individuelles, les droits des femmes. J’ai toujours soutenu leur émancipation, surtout au Maghreb, au Moyen-Orient, en Afrique. Je parle de la situation politique en Algérie, qui reste opaque. J’ai des chansons d’amour aussi, heureusement !

- Vous sentez-vous plus libre aujourd’hui d’aborder des thèmes engagés ?

S.M. : J’ai toujours défendu des idées qui m’étaient importantes. Mais je pense que cette fois-ci,bien sûr avec l’âge, je les assume un peu plus, comme l’amour et la politique. J’ai brisé mes chaînes. Je m’autocensurais sur certains sujets, dont je parle plus librement aujourd’hui.

- Quel regard portez-vous sur l’Algérie actuelle ?

S.M. : C’est difficile d’avoir une analyse claire. Le peuple algérien marche pacifiquement depuis plus de dix mois tous les mardis et vendredis pour faire partir le gouvernement toujours en place. On aspire à un réel changement, car nous n’avons plus confiance dans des symboles politiques. Je suis très fière de cette marche qui continue. Je crois en la volonté des peuples et je garde espoir. 

- Et concernant la condition des femmes, dont il est question dans la chanson « Je veux apprendre » ?

S.M. : J’ai traité plusieurs tableaux avec des petites filles issues de cultures différentes. Elles n’ont pas les mêmes chances que les garçons d’aller à l’école parce qu’elles sont issues de familles très pauvres ou à cause de certaines conditions religieuses. Elles sont conditionnées, mariées jeunes, ou carrément interdites de sorties. C’est un cri de petite fille qui dit : « J’ai juste envie d’apprendre, d’avoir des rêves, de découvrir le monde... »

- Vos textes sont principalement en arabe. Comment faire passer des messages malgré la barrière de la langue ?

S.M. : La musique est un langage universel. Mais il est primordial que les gens comprennent de quoi je parle. J’ai envie de défendre des vrais sujets de société et j’ai besoin d’être comprise pour que le message passe. Surtout quand je parle des petites filles, c’est un sujet qui me tient vraiment à cœur. 

- Expliquez-vous vos textes sur scène ?

S.M. : Je ne vais pas vous mentir, tout dépend. Bien sûr que je résume un peu mes chansons, mais c’est selon mon état, de la scène, du public. C’est tellement spontané, je ne prépare rien du tout.

- L’engagement, c’est important pour un artiste ?

S.M. : C’est une question un peu délicate... J’estime qu’il est important d’avoir un message à partager, parce que l’on provoque beaucoup de choses grâce à l’art. Mais j’ai aussi un profond respect pour les artistes qui donnent du bonheur aux gens avec de la musique. Parfois, on écoute une chanson d’amour ou autre, et on est heureux. à chacun de faire ses choix. On a besoin de tout le monde, de tous les styles de musique. Après, c’est un exercice individuel de vouloir s’engager ou pas.

- Vous vivez depuis vingt ans en France. Un avis sur la situation du pays ?

S.M. : Je suis très contente d’avoir choisi la France comme terre d’accueil. La France aussi m’a accueillie. J’ai toujours aimé la langue et la culture françaises. Concernant l’actualité, je suis triste de constater cette violence sociale à l’encontre des personnes qui revendiquent leurs droits. Je n’avais pas cette vision de l’Europe. Je pense qu’il y a une réelle crise mondiale. C’est aux gouvernements et aux économistes de trouver des solutions pour faciliter la vie. Peut-être faudrait-il chercher chez nos voisins pour voir comment ils ont réussi, comme le modèle scandinave ?

- Politique, droits des femmes... Votre vie personnelle est-elle aussi une source d’inspiration ?

S.M. : Ca l’a toujours été. Sur ce dernier album, je raconte ma vie, mes peurs, mon combat. Parler de moi me gêne, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire sur des choses qui m’ont touchée ou que j’ai vécues. J’ai accepté depuis longtemps de partager avec les gens. Je n’aime pas dire « les fans » : ce sont des gens qui viennent chercher quelque chose que je leur donne. Et moi, je reçois aussi. Je les considère comme ma famille, une grande famille. 

- Oumniya signifie « mon souhait ». Quel est votre rêve ?

S.M. : Rien de personnel avec tout ce qui se passe. C’est peut-être naïf, mais je souhaite la paix dans le monde. 

+ D’infos : Concert le 7 février à 20 h au Diapason de Saint-Marcellin. 1re partie : Arash Sarkechik, chansons du monde. diapason-saint-marcellin.fr

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