Un projet de carrière controversé à Saint-Nazaire-en-Royans

Par Barbara Satre | Publié le 05 février 2020 à 08h23 | Vu 461 fois
Un projet de carrière controversé à Saint-Nazaire-en-Royans
Des habitants et riverains ont manifesté mardi 21 février devant l’entrée de la carrière jusqu’à la mairie de Saint-Nazaire-en-Royans. - © Barbara Satre

Une carrière devrait voir le jour sur la commune de Saint-Nazaire en-Royans. Mais depuis le début de l’année, le projet, qui est en phase d’enquête publique, est remis en cause par des citoyens des deux rives de l’Isère. Ils estiment que leurs intérêts et ceux de la nature ne sont pas pris en compte.

Saint-Nazaire-en Royans, son aqueduc, son bateau à roue… et sa carrière. Voici la carte postale redoutée par les habitants, riverains et défenseurs de la nature. Le village touristique drômois pourrait en effet voir son site d’extraction de roche calcaire, fermé dans les années 1950, rouvrir d’ici la fin de l’année. Depuis le mois de janvier, ils sont plusieurs à se mobiliser contre ce projet, actuellement en phase d’enquête, via une page Internet et Facebook, une pétition en ligne et des manifestations comme celles organisées les 21 et 25 janvier.

« Quinze jours pour être ingénieur? »

« La publicité des enquêtes publiques n’est pas appropriée, l’information n’est pas passée », juge Alain, un habitant de la commune, qui, après avoir fait du porte-à-porte à Saint-Nazaire et dans plusieurs villages voisins, a évalué que 5% des personnes étaient informées, mais 4% l’étaient grâce à (leur) page Facebook ».

Le projet, dont le dossier a obtenu l’autorisation environnementale de la préfecture de la Drôme, est actuellement dans sa deuxième phase : l’enquête publique du 6 janvier au 6 février, à l’issue de laquelle une décision sera rendue. « Nous avons quinze jours pour devenir ingénieur, juriste, géologue, expert en écologie… et comprendre un dossier de plus de 800 pages », ironise-t-il. Trop court selon les contestataires, qui souhaitent « pouvoir se défendre et un rallongement de l’enquête publique. »

Face aux critiques, Christian Charvet, le maire de Saint-Nazaire-en-Royans, soupire : « L’information est affichée à la mairie. Elle est passée deux fois dans le journal communal, en septembre et décembre, et dans les annonces légales de deux journaux. Elle est de plus sur le site Internet de la Ville. Le plan local d’urbanisme, qui a été révisé entre 2012 et 2017, mentionnait bien cette zone de carrière et aucune observation n’est revenue lors de l’enquête publique correspondante parue début 2017. »

Une manne financière

Pour la municipalité intéressée, l’arrivée d’une carrière sur la commune est une aubaine, dans un contexte «?de baisse importante des dotations de l’État?». Elle permettra de gagner une redevance estimée entre «?18 000?et 25 000?euros par an?», selon le maire, sans compter la vente du terrain communal pour lequel aucun chiffre n’a voulu être donné. De plus, cette réouverture de carrière répond à «?un besoin du territoire en matériaux d’enrochement, de pierres à bâtir et d’ornement. Celle de Saint-Quentin-sur-Isère est trop éloignée?».

«?C’est faire passer des intérêts économiques et privés avant ceux de la population?», rétorquent les habitants. Outre leurs interrogations sur la forme, ces derniers s’inquiètent aussi sur le fond du dossier : «?Il n’y est jamais question de facteur humain, alors que notre qualité de vie risque de baisser. Il y aura des tirs de mines, des passages de camions supplémentaires, alors que la route est déjà dangereuse, des poussières sans doute et le paysage va être défiguré?», liste une habitante de Saint-Just-de-Claix.


La bataille de l’information

« J’habite à quarante mètres de l’entrée de la carrière, je crains les vibrations pour ma maison. Nous aussi, nous avons des projets d’avenir, certains se sont endettés sur vingt-cinq ans pour acquérir un bien ici, pour rien ! La valeur immobilière va dégringoler », abonde Brigitte. « Sur le plan touristique, ça va être la cata, le camping en bas, c’est fini, les petits commerces, c’est fini, c’est pourtant eux qui font tourner la ville. Le village va s’éteindre », prédit Marilyne. « Mais c’est l’impact environnemental qui me fait le plus peur : une cinquantaine d’espèces animales vivent sur cet espace, ils vont faire quoi ? La nature n’a pas besoin de cela. Au moment où on tire la sonnette d’alarme écologique, que la planète est en danger, on propose un projet qui va encore la crever. »

Pour Benoît Gauthier, directeur de la société en cause, ces allégations sont de la « désinformation », à commencer par la photo-simulation qui circule sur les réseaux sociaux : « Ce n’est pas celle du projet retenu. La carrière sera en dent creuse, c’est-à-dire qu’elle sera creusée dans la montagne et on y accédera par une veine. L’impact visuel sera négligeable. Il y aura en moyenne par mois : trois à quatre tirs de mines pour ouvrir l’accès, puis un à deux durant l’exploitation, en dehors de la période du 15 juin au 15 septembre. Leur intensité sonore sera comparable à celle des tirs de carabine et des sondes sismiques seront installées. La route sera balayée deux fois par jour, l’accès à la carrière brumisé pour éviter la propagation des poussières. »

Le carrier prévoit une série de mesures pour compenser l’impact de son activité sur l’environnement : « Après l’exploitation, la partie haute du site sera retalutée avec la terre de décapage, un bassin de recueil des eaux pluviales et une réserve écologique seront créés. J’ai pris des engagements forts, je suis allé au-delà du cadre réglementaire. Cette situation est injuste. » à quelques semaines des municipales, le sujet pourrait bien s’inviter dans la campagne. Y compris à Saint-Just-de-Claix et Saint-Hilaire-du-Rosier...

+ D’infos : La préfecture a fait savoir que la clôture de l’enquête publique était reportée au 20 février.

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