Projet de carrière : la réunion d’information tourne au fiasco

Par Barbara Satre | Publié le 17 février 2020 à 09h00 | Modifié le 05 mars 2020 à 11h33 | Vu 855 fois
Projet de carrière : la réunion d’information tourne au fiasco
Un citoyen interpelle les porteurs du projet et le commissaire-enquêteur. - © Barbara Satre

Lundi 10 février, la salle des fêtes de Saint-Nazaire-en-Royans était en ébullition. Le carrier, le commissaire-enquêteur et le bureau d’études comptaient présenter la carrière qui devrait s’implanter près du village. Mais les citoyens, déjà bien informés et venus en nombre, souhaitaient plutôt débattre du bien-fondé de ce projet.

Dix-huit heures, la salle des fêtes de Saint-Nazaire-en-Royans est pleine à craquer : plusieurs centaines de personnes s’y entassent, une trentaine attend encore de pouvoir rentrer. La réunion d’information sur le projet de carrière, initialement prévue le 31 janvier mais reportée de dix jours, a attiré les habitants d’un périmètre bien plus large que celui de la commune.

Des oiseaux dans la salle

Sur une estrade, se tiennent le carrier, Benoît Gauthier, le commissaire enquêteur, Jean Corduant, et Marie-Anne Muller, chef de projet chez ATDx, le bureau d’études en charge du dossier. Des pancartes exposant des photos d’oiseaux sauvages sont brandies dans le public. Le commissaire s’en offusque : «C’est lui (M. Gauthier, NDLR) qui présente le projet, pas vous qui commandez.» Un participant lui répond : «La secrétaire de mairie (de Saint-Just-de-Claix) m’a remis (votre) e-mail (...) où est écrit "M. le maire, hier, nous avons décidé avec M. Gauthier l’organisation d’une réunion d’information". Je trouve que votre indépendance est quelque peu écornée.» Des personnes se lèvent. «Asseyez-vous !», ordonne le commissaire-enquêteur. «Non», rétorque la salle. Il est 18 h 15, le ton de la réunion est donné. 

Laurent Garnier, gérant des Grottes de Thaïs et du bateau à roue, tente : «Peut-on avoir une information simplifiée d’une quinzaine de minutes, et après des débats. Ce n’est plus le temps de la promotion (...), on connaît le dossier.» Le commissaire-enquêteur réplique : «Ce n’est pas une réunion contradictoire, mais une réunion d’information et d’échange.»

18 h 20, la présentation de Benoît Gauthier commence enfin : « Après l’eau, la deuxième ressource dont nous avons besoin est les granulats pour les constructions, cela représente une moyenne de cinq tonnes par an et par habitant. » « Quelles sont vos sources ?», coupe un participant. «L’Union nationale des producteurs de granulats et l’UNICEM (Union de producteurs de matériaux minéraux, NDLR)». La salle acquiesce ironiquement. Ignorant les remarques, le carrier poursuit : « Les volumes seront de 90 000 tonnes par an après cinq ans d’exploitation, (...) il n’y aura pas d’activité du 15 juin au 15 septembre, hormis le chargement et le transport. » Un habitant s’emporte : «Ce qui veut dire qu’avant cette période, vous allez faire de l’exploitation à tout rompre ! Vous avez demandé des dérogations permanentes pour rallonger les horaires d’exploitation.» Le carrier s’agace : «Le jour où il y aura une crue qui amènera des talus dans le Royans, tout le monde sera content qu’on puisse charger des enrochements…»

Dévaluation immobilière ?

18 h 40, vient le tour de Marie-Anne Muller de s’exprimer sur les tirs de mines : «Concernant les vibrations, elles sont liées à la charge unitaire mise en œuvre, qui va exploser à un instant T.» Cependant, les détails techniques n’intéressent plus les riverains. Ils s’inquiètent pour leurs habitations : «Il n’y aura jamais de problème ? Beaucoup de maisons sont dans le périmètre.» La cheffe de projet répond patiemment : «Le niveau de vibration sera mesuré avec des sismographes. Des tirs d’essais vont déterminer les charges acceptées au niveau du massif. Les maisons pourront aussi être équipées de sismographes.» Nouveau tollé dans la salle : «Ma maison est à vendre, elle ne vaut plus rien. Vous allez me la racheter M. Gautier ?» Le carrier intervient : «Un bien était en vente sur une commune avoisinante avec vue sur le projet. Il a été vendu ces derniers jours.» La foule objecte : «20 000 euros de moins !»

Le maire présent, mais muet

Un autre participant expose : «Vous arrivez sur le territoire avec un projet de carrière. Vous nous expliquez qu’il est bon économiquement et écologiquement. Vous avez réfléchi pour nous, mais sans nous consulter !» Prenant le maire de Saint-Nazaire-en-Royans à partie : «Vous comprenez que nous n’ayons pas confiance.» Au premier rang, l’édile reste figé. Le commissaire-enquêteur riposte : «M. Gauthier se serait fait manger s’il avait parlé du projet avant !» «Vous êtes en train de donner votre avis, monsieur Corduant», lui fait remarquer cet habitant.

Les chemins de la discorde

19 h 15, le carrier passe au volet tourisme : «L’intégralité des chemins pédestres n’est pas impactée et l’accès au four à chaux sera maintenu.» Laurent Garnier lui demande alors : «Un mot sur le chemin communal de Vanille ?» Benoît Gauthier avance : «Il est fermé.» «C’est un chemin rural, ouvert, contredit l’acteur touristique du territoire. D’ailleurs, vos propres études le prouvent, puisque les écologues, qui ont laissé leurs traces GPS dans le dossier, suivent le chemin de Vanille. Il existe physiquement et pour l’aliéner, il faut une enquête publique. Ce chemin, vous allez le prendre pour le détruire. » Le commissaire l’interrompt brusquement : «Je vais mettre fin à cette réunion.» Des photomontages montrant une version du projet moins avantageuse jaillissent alors dans la salle. Fin de la partie. Il est 19 h 30.

Barbara satre

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