Lycée : l’allongement des horaires pose question

Par Barbara Satre | Publié le 11 mars 2020 à 08h00 | Vu 429 fois
Lycée : l’allongement des horaires pose question
L'entrée du lycée La Saulaie à Saint-Marcellin. - © Cécile Alibert

Un nouveau vent de colère souffle sur le lycée La Saulaie. La direction de l’établissement a fait part aux professeurs, aux élèves et à leurs parents, de sa volonté d’allonger les plages horaires des cours. Aujourd’hui, elles s’étendent de 8h et 17h, mais elles pourraient s’accroître d’une heure dès la rentrée 2020, soit de 8h à 18h. Le proviseur a déjà obtenu le financement de la Région, environ 150 000 euros, pour la mise en place d’une seconde tournée de bus à 18h. L’annonce, parue début janvier, a fait bondir les intéressés qui n’en voient pas la nécessité.


La réforme en embuscade

Joint par téléphone, le proviseur, Alain Champion, a laconiquement expliqué avoir «besoin de plages horaires pour s’adapter à des situations nouvelles», cela afin de «mettre en place un enseignement de qualité».

Ces «situations nouvelles» pourraient découler de la réforme du lycée. «La réforme va augmenter notre choix d’options. Il n’y aura plus vraiment de classes et les matrices d’emplois du temps possibles augmentent, décrypte un élève élu au conseil de vie lycéenne, avant d’objecter : L’année dernière déjà, la direction disait que tous les cours n’allaient pas rentrer dans les emplois du temps, mais c’est passé. Ça ne sert à rien de nous faire finir à 18h si on peut finir à 17h !»

Une position partagée par plusieurs professeurs. L’un d’eux précise : «Si on avait du mal à faire la réforme à cause des emplois du temps, nous comprendrions, mais ce n’est pas le cas. La baisse du nombre d’heures de cours compense l’ajout des options. Le cas où toutes les options sont choisies concernera potentiellement cinq lycéens. Est-ce sérieux de faire finir tout le monde à 18h pour une poignée d’élèves ?»

Un lycée rural

Le proviseur avance l’argument que «d’autres lycées ont des horaires qui s’étendent au-delà de 17 h, voire au samedi matin, comme à Champollion (à Grenoble, NDLR). Ce service public a besoin de tourner». Les professeurs y opposent la spécificité du lycée d’être «sur un territoire rural» où les distances «allongent les journées». Élisabeth Pouech, présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves à Saint-Marcellin, abonde dans ce sens : «Les lycéens ont déjà beaucoup de trous dans leur planning, pendant lesquels ils n’avancent pas dans leur travail faute de salles d’étude ouvertes. Avec cet allongement, ils auront encore de plus gros trous… Certains ont près d’une heure de transport scolaire. Ils vont rentrer à 19 h avec leurs devoirs à faire…» La présidente a réalisé un sondage qui donne «94% des familles sur les 400 interrogées opposées aux nouveaux horaires».

De plus, «sur le plan écologique et financier, c’est une aberration ! », s’indignent les enseignants, parents et élèves interrogés, car «les lignes de bus vont être dédoublées pour un même nombre d’élèves. Ils vont voyager à moitié vide». L’allongement des plages horaires pose aussi la question de l’utilisation des équipements sportifs de la Ville après 17 h, créneau habituellement réservé aux clubs. Bernard Festivi, adjoint aux sports, tempère : «Si les cours après 17 h concernent le sport, on s’adaptera dans la mesure du possible, mais nous ne mettrons pas en péril les associations occupant ces créneaux. Je n’ai aucun doute, nous trouverons des solutions.»


«On veut juste une explication»

Maintes fois relevé par les concernés, «le manque de concertation» est peut-être le fond du problème. «On veut juste une explication. Nous avons demandé des simulations d’emploi du temps à la direction pour qu’elle nous prouve que ça ne rentre pas avec les horaires actuels. À aucun moment, elle ne nous a répondu», regrette un professeur. «Il y a un problème de démarche : le proviseur a d’abord sollicité la Région pour financer la circulation d’une deuxième tournée de cars à 18 h. Puis, il nous met devant le fait accompli : nous avons été exclus de la concertation», fustige son collègue.


«Du chantage»

Pourtant, lors du prochain conseil d’administration (CA) du 9 mars, les représentants des enseignants, des élèves, des parents d’élèves, de la municipalité, du personnel et de la direction du lycée vont pouvoir s’exprimer sur le sujet. « Le vote est biaisé. Le proviseur a annoncé que si le "non" l’emportait, il prendrait le créneau du mercredi après-midi. Il n’a pas besoin d’un accord au CA pour cela : le lycée est déjà ouvert pour les associations sportives sur ce créneau », explique Élisabeth Pouech. Les enseignants dénoncent «un chantage» qui aboutira inévitablement, selon eux, à un allongement des plages horaires de cours.

Barbara Satre

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