L’école à la maison : l’expérience inédite des élèves et professeurs

Par Barbara Satre | Publié le 25 mars 2020 à 18h07 | Modifié le 25 mars 2020 à 18h22 | Vu 656 fois
L’école à la maison : l’expérience inédite des élèves et professeurs
L'école du Centre à Saint-Marcellin lundi 16 mars. - © Barbara Satre

Tous les établissements scolaires sont fermés depuis le lundi 16 mars, mais les apprentissages se poursuivent à la maison. Après des premiers jours chaotiques, la « télé école » se met en place.

«Dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés.» L’annonce du président de la République, jeudi 12 mars, tombe comme un couperet. Pour le monde de l’enseignement dans le Sud-Grésivaudan, c’est la surprise. 

«Je ne m’y attendais pas du tout !», s’exclame un lycéen contacté par téléphone. «Nous avons été saisis de surprise, confirme un professeur, d’autant plus que notre ministre disait le contraire le jour même.» En effet, quelques heures auparavant, Jean-Michel Blanquer affirmait sur une radio nationale n’avoir «jamais envisagé la fermeture totale» des établissements scolaires. 

«Le rectorat nous avait prévenus qu’on devait se préparer à une situation de fermeture», tente de nuancer un chef d’établissement, avant d’ajouter : «On a fait comme on a pu.» Lui aussi a eu l’information, «comme tout le monde», le jeudi soir devant son écran de télévision. 

« Véritable cacophonie » 

Les élèves ont accueilli la nouvelle avec «une joie plus ou moins dissimulée» décrit un professeur, mais vite douchée, comme le raconte le même élève : «Au début, on blaguait, du style qui a un compte Netflix ? Mais on a vite compris que ce n’était pas des vacances.» En effet, si les établissements sont fermés, le travail scolaire est maintenu : c’est la fameuse «continuité pédagogique»

Dès le vendredi 13 mars, dans les classes, les bureaux et les salles des professeurs, on essaie de s’organiser. «Les chefs d’établissement n’ont eu aucune consigne, témoigne un enseignant. On a commencé à cadrer les choses entre nous le vendredi, sachant qu’on devait se réunir après pour préparer cette transition. Mais le dimanche soir, une lettre du rectorat contredisait cette disposition. Une véritable cacophonie.» 

Comment, alors, assurer cette continuité pédagogique ? «Les établissements scolaires disposent d’outils numériques, tel que l’ENT (outil numérique de travail commun aux lycées et collèges, NDLR). Nos élèves ont l’habitude de fonctionner via cette plateforme», rappelle Valérie Simoens, directrice du lycée privé Bellevue, à Saint-Marcellin. 

Cet espace permet aux professeurs, aux élèves et à leurs parents de communiquer, comme l’explique un enseignant : «Nous postons des devoirs et des documents pour nos classes et les élèves peuvent renvoyer leurs productions.» À cela s’ajoute le site « Ma classe à la maison » du Centre national d’enseignement à distance (Cned) ou la vidéoconférence, quand la plateforme informatique de l’établissement le permet. 

Garder à tout prix le contact 

Cependant, l’espace numérique, commun à plus de 12 millions d’élèves, a montré ses limites. «Tout le monde a essayé de se connecter en même temps. Il y a eu des bugs importants. Des élèves étaient perdus», témoigne un professeur. Mais ils se sont alors entraidés, utilisant «leurs outils», même si l’Éducation nationale le déconseille. «Ceux qui pouvaient accéder à l’ENT faisaient passer les devoirs sur le groupe de classe Snapchat. On s’est même créé un serveur type Skype pour communiquer, on maintient une ambiance de classe !», décrit un élève de 1re. 

Un lien social qui permet de contourner le confinement : «On essaie de travailler à plusieurs, ça motive et on gagne du temps car on partage nos idées.» Thomas, en classe de terminale, «arrive à se discipliner en planifiant ses devoirs», mais admet : «Il est plus difficile de se mettre au travail. Face aux leçons qui s’accumulent, certains se sentent submergés et sont très anxieux.» 

Ces nouvelles organisations font jaillir d’autres inégalités. «Des familles n’ont pas de connexion Internet ou n’ont pas d’outil numérique pour chaque enfant, ou ne sont pas armées pour accompagner les plus jeunes dans leurs devoirs. Aussi, certains élèves s’occupent de leur fratrie, car leurs parents travaillent», pointe un enseignant, inquiet : «Ceux-là, il faudrait les suivre, mais dans la masse, on peut facilement les perdre de vue.» 

Revenir aux fondamentaux 

Afin de limiter les effets secondaires de l’école à distance, les professeurs interrogés confessent : «Il ne faut pas viser trop haut, on ne peut pas donner du travail comme s’ils étaient en cours. Peut-être qu’il faudrait ne garder que les enseignements fondamentaux.» Un instituteur martèle : «On n’est pas là pour tester une nouvelle façon de faire classe via des outils numériques. Restons sur ce qui fonctionne : des livres et des exercices tirés du manuel de référence.» Pour lui, la priorité lors du dernier jour de classe était «de collecter les contacts téléphoniques et e-mails de tous les parents, puis de s’assurer que les enfants repartaient avec les manuels. Ainsi, dès le lundi, on a pu mettre en place le suivi et ne pas perdre le lien»

Dans plusieurs écoles du territoire, les enseignants laissent des pochettes d’activités assignées à chaque enfant que les parents viennent récupérer pendant les permanences. «Maintenir le contact avec l’école, c’est loin de n’être que de l’occupationnel, indique une institutrice de maternelle. Ces pochettes permettent de poursuivre les apprentissages avec les méthodes appliquées en classe.» 

La question du bac 

Si élèves et professeurs ont su s’adapter, des incertitudes d’ordre administratif demeurent : «Quid des conseils de classe, de la validation des choix d’orientation et des examens ?», questionne un professeur. «Les EC3 (épreuves du nouveau bac pour les classes de 1re, NDLR) avaient déjà été reportées au mois de mai, seront-elles maintenues ?», se demande un élève concerné. 

Quant au bac, un enseignant alerte : «On va prendre du retard sur les programmes, or il est peu probable que tous les élèves aient étudié les mêmes parties. Dès lors, comment l’harmoniser ?» Ce contexte fait au moins émerger une certitude : «On a hâte de retourner travailler devant de vrais élèves !» 

Barbara Satre

0 commentaires

Envoyer un commentaire