Coup de frein sur l’activité des garages automobiles

Par Barbara Satre | Publié le 20 avril 2020 à 16h25 | Vu 667 fois
Coup de frein sur l’activité des garages automobiles
Chez AB auto services, on s’est pourtant adapté à la crise sanitaire pour reprendre l’activité. - © DR

Les réparateurs automobiles sont autorisés à ouvrir durant l’épidémie de coronavirus. Pourtant, le confinement a mis leur niveau d’activité au point mort. Cette situation ambiguë plonge leurs comptes dans le rouge.

A près avoir tenté de contacter quatre réparateurs automobiles, le cinquième décroche enfin. «Oui, nous restons ouverts. Il le faut pour ceux qui continuent de travailler, d’autant plus que sur notre territoire, on a besoin de la voiture pour se déplacer», répond Nathalie, la cogérante de Passion Garage. L’arrêté du 15 mars 2020 stipule en effet que les activités relatives à «l’entretien et à la réparation de véhicules automobiles, engins et matériels agricoles» doivent se poursuivre. Le hic, c’est que depuis le début du confinement, l’activité de réparation s’est effondrée dans les garages de Saint-Marcellin. «Nous n’avons pas vu un client depuis le 17 mars», déplore Nathalie. 

Des réparations reportées 

Même désillusion chez AB auto services qui, suite à l’annonce du confinement, avait fermé, mais a décidé de rouvrir le 6 avril : «90 % de notre chiffre d’affaires s’est envolé. Nous ne voyons qu’une ou deux personnes par jour. Parmi elles, certaines demandent des devis, mais elles ne sont pas pressées de faire les réparations et préfèrent attendre. De toute façon, les gens ne peuvent plus rouler, ils sont confinés.» Lorsqu’un devis vient à être accepté, le garage se heurte à la rupture de la chaîne d’approvisionnement : «Notre fournisseur ne peut pas commander. S’il a la pièce en réserve, il peut nous l’envoyer, sinon on ne peut pas faire la réparation.»

Son confrère du garage Citroën, Jean-Michel Pevet, assure que les commandes vont reprendre dans quelques jours. Pour autant, lui aussi «ne réalise plus que 10 à 15 % de (son) chiffre d’affaires habituel». Fermé, il intervient sur rendez-vous «pour des pannes, des crevaisons, des voyants qui s’allument et qui bloquent l’utilisation du véhicule, mais ce n’est rien par rapport à d’habitude. Il n’y a plus de réparation complexe ou d’entretien».

Fonte des trésoreries

En conséquence de cette baisse de régime, le garagiste, qui compte cinq employés, n’a «même pas l’équivalent d’un jour de travail» devant lui. Il a placé sa maind’oeuvre au chômage partiel, pour éviter de licencier, car « l’équipe ne le mérite pas ». Mais cette solution ne sauve pas la situation : «Le dispositif ne couvre pas toutes les charges. De plus, nous avons des frais fixes comme des crédits à rembourser. Résultat, on va perdre en quelques mois une trésorerie constituée encinq ou six ans.» Dans ce contexte, les prêts garantis par l’État, pourtant pensés pour compenser les pertes de chiffre d’affaires, ne lui semblent pas suffisants : «Il faut rentrer dans des cases, et nous ne sommes pas sûrs d’être éligibles. Cela peut marcher pour les grosses structures qui ont de gros crédits, mais pour les plus petites, c’est difficile et elles risquent de ne pas s’en remettre.» Des craintes partagées par Passion Garage : «Nous avons démarré cette année, l’entreprise ne peut pas encore justifier d’un chiffre d’affaires ou d’une masse salariale pour bénéficier de la mesure.» Pour sa part, Thierry Tomasi, à la tête du garage du Péage, «arrive pour l’instant à faire survivre son entreprise» grâce aux mesures de chômage partiel. Mais il vit la situation comme un retour en arrière : «Je me retrouve seul comme à mes débuts, quand je gravissais les échelons un à un.»

Dépréciation des stocks

Enfin, certaines structures développaient une activité de revente de véhicules comme les garages Christian Rey (Renault), basés à Saint-Marcellin, Vinay et Bourg-de-Péage. Pour eux, le confinement a rimé avec l’arrêt total de ce pan d’activité. «J’ai plus de 150 voitures immobilisées qui se déprécient chaque jour», témoigne le gérant, qui ne sait pas encore si la perte de valeur de son stock pourra être compensée par une aide. Un rattrapage de la demande ? Les garagistes interrogés s’attendent à un rattrapage progressif de la demande après le confinement, car «les clients ne bougeront pas, les réparations et les achats se feront un jour», notamment lorsque les contrôles techniques reprendront. Cependant, «certaines prestations, comme le lavage automobile, sont définitivement perdues. Nous ne rattraperons pas ce manque à gagner». Le confinement a également eu pour conséquence de faire baisser le nombre d’accidents de la route, et donc les réparations. La fin progressive du confinement, prévue le 11 mai, devrait redonner un coup d’accélérateur à l’activité.

BARBARA SATRE

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