Une ville en réanimation

Par Cécile Alibert | Publié le 18 mai 2020 à 17h00 | Vu 439 fois
Une ville en réanimation
Deux mois après, les vêtements sont de retour dans la Grande-Rue. - © Cécile Alibert

On l’attendait tous. Ce moment où il serait possible de sortir sans attestation. De ne pas être pressé pour faire ses courses de première nécessité. De pouvoir se rendre chez un proche. Reportage durant les premiers jours de déconfinement dans les rues saint-marcellinoises.

Dans son vacarme habituel, la balayeuse municipale enlève toute trace de saleté dans les rues, tandis qu’une commerçante donne un dernier coup de balai. La ville se fait belle pour accueillir ses premiers habitants autorisés à sortir librement, lundi 11 ?mai.

Grande-Rue, une silhouette familière se balade. C’est Christian, croisé en tout début de confinement. Le même panier dans la main gauche, le Saint-Marcellinois a troqué son masque chirurgical bleu pour une protection noire en tissu. Pas question pour lui de baisser la garde. Quelques mètres plus loin, un autre habitant discute devant la mairie. Lui aussi est une figure locale. Si la météo menaçante l’a poussé à laisser son vélo à la maison, ce cycliste invétéré prévoit prochainement une virée dans le Vercors.

«?Il nous tardait de rouvrir?»

Dans son salon de beauté, Claire Martinez vient de «?passer deux jours à tout enlever, tout désinfecter?». La commerçante, très à cheval sur «?le protocole?» en temps normal, suit les règles d’hygiène à la lettre. De quoi rassurer la clientèle, qui a déjà réservé tous les créneaux du M’Claire Institut jusqu’au mardi suivant.

Place du Champ-de-Mars, c’est l’effervescence chez David & Son. «?Il nous tardait de rouvrir, à nous, comme aux clients, s’enthousiasme la gérante, Stéphanie Coimbra. Nous avons pris des rendez-vous depuis plusieurs semaines.?» Visière devant le visage, la coiffeuse énumère les mesures mises en place dans son salon : plaques de plexiglas, gel hydroalcoolique, port du masque obligatoire…

Lucien Jacquot fait partie des premiers clients du jour. Le septuagénaire est à peine reconnaissable avec son masque et ses cheveux plus longs. Il profite d’être en avance pour évoquer son confinement : «?Je sortais tous les deux ou trois jours. C’était le papier à remplir à chaque fois qui était embêtant. Aujourd’hui, je ne change rien. Il faut continuer à faire attention, au moins les trois premières semaines.?»

Et maintenant, «l’incertitude?»

Devant le gymnase Carrier, une Saint-Marcellinoise s’oriente à travers la buée qui envahit ses verres. Pas toujours évident de combiner port du masque et lunettes… Elle parvient quand même à reconnaître André Giloz, qui accueille les riverains venus chercher les protections distribuées par la Ville. L’adjoint au maire présage : «?La reprise économique ne va pas être facile. Les gens doivent se remettre au travail, il va falloir aménager les horaires, aider la jeunesse à trouver un emploi…?» Son collègue s’interroge pour sa part sur le second tour des élections, dont la date de report reste inconnue. Juin ? Septembre ? Plus tard ? Tout dépendra «?si jamais ça recommence…?»

En ce premier jour de déconfinement, «?l’incertitude?» est palpable. Lucien Jacquot se demande si la crise aura un réel impact sur la société. Il espère voir perdurer la solidarité et que «?les gens arrêteront de regarder leur nombril?». André Giloz se questionne sur son avenir politique. Claire Martinez s’inquiète du «?manque à gagner énorme?» causé par deux mois de fermeture. La commerçante avertit : «?C’est un vrai combat qui s’annonce…?» Ne serait-ce que pour retrouver ses marques à travers un masque et reprendre son existence à distance.

+ D'infos : Retrouvez l'intégralité de l'article dans la version papier du Mémo paru vendredi 15 mai.

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