Pour que vivent les vitrines vides

Par Cécile Alibert | Publié le 03 juin 2020 à 17h00 | Modifié le 09 juin 2020 à 14h30 | Vu 267 fois
Pour que vivent les vitrines vides
Dans la Grande-Rue, des œuvres d’artistes s’invitent dans les boutiques. - © Cécile Alibert

Voilà un projet censé réchauffer le cœur des villes récemment déconfinées. A travers la France, les artistes sont invités à exposer leurs œuvres dans les vitrines des commerces fermés. Saint-Marcellin participe à l’aventure qui pourrait se poursuivre cet été.

C’est un phénomène qui frappe les villes en plein cœur. Une, deux, trois... Dans la Grande-Rue de Saint-Marcellin, on ne compte plus les boutiques aux rideaux tirés. Pourquoi alors ne pas utiliser ces espaces vides comme lieux d’exposition ? Des artistes se sont emparés de la question en participant à Déco d’art, une opération nationale destinée à égayer les centres-villes durant tout le mois de juin. 

Thérèse Cigna, qui coordonne l’initiative sur le territoire, se souvient : « C’est Philippe Lonzi, un ami artiste d’Avignon, qui a lancé le projet. Au départ, je n’étais pas très chaude, car j’étais bien occupée malgré le confinement... » L’artiste plasticienne finit par se laisser convaincre et entraîne dans l’aventure Philippe Rinjonneau, un photographe auteur local. 

Soutenir le commerce et la culture

Après des débuts timides, le projet s’emballe, à tel point que Thérèse Cigna refuse des demandes : « Les artistes affluent de toutes parts. Je dois répondre à ceux venus d’ailleurs que chacun doit se débrouiller dans sa propre ville. » Depuis le 22 mai, ils sont ainsi une douzaine, issus du territoire, à avoir investi « la colonne vertébrale » de Saint-Marcellin. 

L’objectif est double : soutenir le commerce de proximité, en attirant les clients dans le centre-ville, et servir la culture locale. L’initiative est d’ailleurs encouragée par l’union commerciale et la municipalité. « Le service culturel est d’autant plus motivé que le traditionnel Salon des artistes et de la création que nous devions organiser en avril dernier a dû être annulé », précise Jean Briselet, adjoint à la culture.  

Le projet apparaît en effet comme un moyen d’expression dans une période où la culture est mise à mal. « On a perdu tout espace d’exposition. Les festivals sont annulés, les restaurants fermés, regrette Philippe Rinjonneau. Tout s’écroule, on ne peut plus rien faire. » D’où l’idée de s’installer dans les locaux vacants, et même au-delà. « Nous avons d’abord essayé d’occuper les commerces vides dont nous avons pu avoir les clés, poursuit le photographe. Par effet de contagion, on a contaminé toute la Grande-Rue et on espère faire boule de neige auprès des autres commerçants. » 

Casser les codes

Pas question de faire une exposition conventionnelle. Thérèse Cigna entend bien casser les codes, ranimer un centre-ville quelque peu déserté, à travers l’abstraction lyrique, la peinture figurative, la sculpture sur bois... « La période a un impact pour les artistes qui vivent de leur travail. Il faut donc trouver des alternatives, être plus créatifs, avoir l’esprit plus ouvert, ajoute la Saint-Marcellinoise. L’exposition met l’art à la portée de tous. C’est très varié, dans tous les styles, avec un côté baroque, un peu déjanté. »

Résultat, la photographie « humaniste » de Philippe Rinjonneau côtoie la sculpture sur bois de Simon Dupuis, inspiré lui aussi par l’humain. Dans la vitrine d’un opticien, Sébastien Bietrix expose pour sa part ses œuvres réalisées à partir d’objets du quotidien. Le tout est à découvrir jusqu’à fin juin et pourrait se poursuivre cet été afin de satisfaire les artistes sur liste d’attente. Ne reste plus qu’à susciter le même engouement chez les habitants. 

+ D'infos : La liste des commerces participants est à retrouver dans la version papier du Mémo.

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