Choisir les livres « avec les yeux »

Par Cécile Alibert | Publié le 08 juin 2020 à 17h00 | Modifié le 09 juin 2020 à 14h30 | Vu 297 fois
Choisir les livres « avec les yeux »
A gauche, Marie-Aimée Roybon explique à une lectrice la nouvelle disposition des lieux. - © Cécile Alibert

Depuis la mi-mars, les lecteurs commençaient à trouver le temps long. Mardi 26 mai, plusieurs médiathèques du Sud-Grésivaudan ont rouvert leurs portes, dans des conditions particulières. Reportage à Saint-Marcellin.

A l’entrée, Marie-Aimée Roybon accueille les visiteurs. Chacun se plie volontiers aux consignes délivrées par la responsable de la médiathèque de Saint-Marcellin : masque conseillé, quinze personnes maximum, mains désinfectées avec du gel hydroalcoolique, sens de circulation... « Ce qui change beaucoup, c’est qu’on ne peut plus s’asseoir pour consulter les livres. Il faut choisir avec les yeux plutôt qu’avec les mains », précise la professionnelle. 

Repenser l’espace

Jusqu’au mardi 26 mai, jour de réouverture, les bibliothécaires se sont attelées à repenser l’espace. Des flèches jaunes signalent désormais le parcours, tandis que de part et d’autre sont installées des tables avec CD de chanson française, DVD pour adultes, journaux, polars... « Nous avons mis des nouveautés en présentation et imaginé ce dont les gens pouvaient avoir envie », justifie Marie-Aimée Roybon. 

Au rez-de-chaussée, un coin est ainsi consacré aux ouvrages pour apprendre à « sortir des conflits » ou « être parent à l’ère des écrans ». Une banquette laisse également la part belle aux loisirs créatifs, appréciés pendant le confinement, alors qu’à l’étage, des livres invitent les enfants à réaliser des travaux manuels « avec Maman » ou « Papa »

Déconfiner les livres

Autre nouveauté : la mise en place d’une « procédure de déconfinement des livres » pendant dix jours. « Nous pouvons aussi désinfecter les livres qui restent alors confinés trois jours, précise Marie-Aimée Roybon. Nous avons 8000 documents dehors. Plusieurs fois par jour, il faut monter les retours dans la salle du conte qui a été condamnée, les trier par dates, renouveler le stock pour éviter que les rayons se vident... Cette procédure prend beaucoup de temps, ce qui explique que la médiathèque soit moins ouverture que d’habitude. » 

Pas de quoi effrayer les visiteurs du jour qui « languissaient de revenir », selon les bibliothécaires. C’est le cas de Sylvie dont le sac est rempli de « courses de livres », entre conseils de jardinage et mangas pour les enfants. « J’avais un stock chez moi, mais il était temps de prendre un bol d’air, relate cette habitante de Saint-Sauveur. Et puis, c’est bien de retrouver les bibliothécaires, car la médiathèque, ce n’est pas que des livres, c’est aussi des personnes. » 

Les plus jeunes ont également fait le déplacement, comme Lise, en manque de BD. La fillette raconte son confinement entre lecture, bricolage, télé et fabrication d’un masque à l’effigie des Simpson. à ses côtés, un garçon se précipite sur un album des Schtroumpfs. Sa mère confie : « C’est une sortie que l’on fait souvent avec les enfants, elle nous manquait beaucoup. » 

Alors certes, ce n’est plus exactement la même médiathèque. Difficile à présent de flâner d’un rayonnage à l’autre, de feuilleter un livre avant de finalement le reposer, d’être un lecteur totalement anonyme. Il faut se réapproprier le lieu, retrouver son charme. « Ce que je souhaite, conclut Marie-Aimée Roybon, c’est que l’on garde l’esprit convivial, l’esprit de partage des médiathèques, tout en respectant les règles. » 

0 commentaires

Envoyer un commentaire