Lire, «une denrée indispensable»

Par Cécile Alibert | Publié le 28 octobre 2020 à 17h00 | Modifié le 05 novembre 2020 à 10h48 | Vu 30 fois
Lire, «une denrée indispensable»
Philippe Neveu et Véronique Montfort n’en sont pas à leur première collaboration. Ils partagent la même conception de l’accès à la culture. - © Cécile Alibert

C’est un cadeau qui n’a pas de prix, ou si peu. Jusqu’au 20 novembre, le Secours populaire s’associe aux librairies indépendantes pour «donner à lire» aux enfants. Résumé de l’opération avec Philippe Neveu, secrétaire général du comité Sud-Grésivaudan, et Véronique Montfort, cogérante du Marque-Page.

- Qu’est-ce que « Donnez à lire » ?

Véronique Montfort : C’est une opération nationale, en partenariat avec le Syndicat de la librairie française et le Secours populaire. Quand elles viennent en librairie, les personnes peuvent ajouter à leurs achats un livre neuf, qui sera offert aux enfants accompagnés par le Secours populaire. C’est un peu comme le principe de la collecte alimentaire, mais avec des livres à destination des enfants et des ados.

Philippe Neveu : Elle s’inscrit parfaitement dans les valeurs du Secours populaire, dont l’une des actions principales est l’accès à la culture. Certaines personnes que nous accueillons sont avides de lectures. Cette opération répond donc à une demande et elle marche bien, puisque l’an dernier, nous avons reçu 72 livres et l’année précédente, entre 60 et 70.

V.M. : Oui, nous allons crescendo ! Cette année, nous avons lancé le défi de 120 livres (rires).

« Il faut apprendre à lire »

- Quels sont les freins à la lecture ?

P.N. : Très souvent, les enfants sont issus de familles où la lecture n’est pas une habitude. Il n’y a pas de livres à la maison. 

V.M. : Et l’école n’est pas suffisante pour inciter à la lecture plaisir. Il faut donc faire de la médiation culturelle via des lectures à voix haute, des goûters-lectures... Pour certains, il y a aussi un côté inaccessible avec l’idée de « ce n’est pas pour moi ».

P.N. : La lecture n’est pas moderne, elle est en concurrence avec le numérique. Lire demande un effort, mais plus on lit, plus c’est facile. C’est aussi une question d’éducation : il faut apprendre à lire.

- A qui revient ce rôle ?

P.N. : A toutes les personnes qui ont accès aux livres et peuvent aider les autres : les parents, l’école, les bibliothèques, les libraires...

- Pensez-vous que le contexte actuel pousse à lire davantage ?

V.M. : Oui, la lecture est un refuge.

P.N. : C’est une denrée indispensable.

V.M. : Elle est mise en concurrence avec des vies complètement frénétiques, alors que c’est un fait : lire prend du temps. Pendant le confinement, certains se sont replongés dans des bouquins et continuent de le faire. C’est une façon de s’évader, d’être dans une bulle, loin des médias anxiogènes. 

- Quels livres conseilleriez-vous pour l’opération ?

V.M. : Je préfère laisser les gens choisir. Les albums sont un bon outil jusqu’à 7 ans. Ces histoires illustrées sont géniales à lire aux enfants : ils peuvent s’imaginer leur propre histoire grâce aux illustrations et lire ensuite tout seuls le petit texte. Pour les plus grands, les possibilités sont infinies, avec pourquoi pas des classiques comme Mark Twain ou Roald Dahl. 

- Comment éviter que les mêmes titres ne reviennent ?

V.M. : Nous avons placé une étagère dans la librairie avec les livres qui ont déjà été donnés. On aiguille si besoin, selon le budget. On propose aussi de mettre un petit mot à l’intérieur. J’aime l’idée que la personne pose elle-même le livre sur l’étagère. L’objectif est de tout remplir, c’est pourquoi l’étagère est grande cette année ! Nous essayons de faire en sorte qu’il y ait un équilibre au moment de la distribution.

- Dernière question : lire, pour quoi faire ?

P.N. : Je pense que dans l’absolu, lire ne sert à rien. C’est pourquoi c’est essentiel. Ce n’est pas une obligation primaire, mais c’est ce qui fait notre humanité. C’est un partage, de l’émotion, de l’humain.

V.M. : On cultive son imaginaire, on apprend, on aiguise son esprit critique. 

P.N. : C’est très initiatique pour un enfant, notamment grâce aux contes de fées qui l’aident à vaincre ses peurs. Et puis, lire sert aussi à se faire plaisir.

V.M. : Exactement, on n’est pas obligé de lire, donc si on n’y prend pas plaisir, on ne va pas le faire. 

+ D’infos : L'intégralité de l'interview est à retrouver dans notre version papier du 23 octobre.
Opération « Donnez à lire » jusqu’au 20 novembre.
Le Marque-Page : 8, Grande-Rue, à Saint-Marcellin. 04 76 38 25 25.
Secours populaire : 7, bd Gambetta, à Saint-Marcellin. 04 76 36 50 68.

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