Grande distribution : « Les géants du e-commerce ont tout gagné »

Par Stéphane Perrin | Publié le 12 novembre 2020 à 13h42 | Modifié le 12 novembre 2020 à 13h54 | Vu 81 fois
Grande distribution : « Les géants du e-commerce ont tout gagné »
Comme toutes les enseignes de la grande distribution, l’hypermarché Leclerc de Chatte a mis sous bâche les rayons bijoux, culture et vêtements. - © Stéphane Perrin

Contraintes de fermer les rayons de produits « non essentiels », les enseignes locales sont loin d’être convaincues de la pertinence de cette mesure. Mais qu’en pensent les clients ?

Dès l’entrée de l’hypermarché Leclerc de Chatte, on distingue une grande bâche noire sur la droite. L’espace bijoux est condamné, tout comme le rayon CD et DVD, un peu plus loin. Dans une autre allée, une toile a été tirée devant les vêtements. Comme toutes les enseignes de la grande distribution, le magasin a dû se plier à l’interdit gouvernemental, suspendant la vente des articles jugés non essentiels, par « souci d’équité avec les petits commerçants » contraints de baisser le rideau durant le confinement.


« A-t-on pensé aux personnes âgées ? »

La directrice, Mélanie Jouane, a fait contre mauvaise fortune bon cœur, relevant : « Désormais, tout le monde est fermé. On est dans la même galère avant les fêtes et ce sont les géants du e-commerce qui ont tout gagné. C’est vraiment dommage, d’autant que lors du premier confinement, nous avions pris la décision de fermer le magasin le dimanche par solidarité avec les commerçants du centre-ville. »

L’incompréhension prédomine, alors qu’au mois de novembre, se joue une bonne part du chiffre d’affaires de cet hyper « qui a du poids en termes d’emplois locaux ». Mélanie Jouane annonce qu’elle va intégrer les jouets au service de drive : « Tout en respectant la loi, je ne veux pénaliser aucun client à l’approche de Noël. » Jeux vidéo et CD pourraient suivre. Elle marque une pause. Puis reprend : « A-t-on pensé aux personnes âgées qui n’ont pas accès à Internet pour passer leur commande via un drive ? »

Des clients partagés

Ce vendredi 6 novembre, bon nombre de clients tâtonnent encore. Avec des avis partagés. À la sortie de Leclerc, Nicolas, la trentaine, soupire :  « Je voulais acheter des bols et un marchepied. Ce n’est plus possible. Je ne vois pas trop où je vais pouvoir aller. Cette décision du gouvernement complique la vie des gens, sans que cela ne change rien pour le commerce de proximité. Les grands gagnants seront Amazon et Cdiscount ! » D’autres estiment que la fermeture des rayons culturels des grandes surfaces est « tout à fait normale pour ne pas pénaliser les librairies indépendantes ».

Pour Hajer, une mère de famille de Saint-Romans, la bataille est ailleurs. Devant son chariot, elle prend un air grave : « Mes achats pour Noël, je peux très bien les reporter. Et si mes enfants n’ont pas de cadeau, je leur expliquerai. Il faut savoir ce que l’on veut : faire la fête ou sauver des vies face à ce virus qui touche tout le monde, vieux comme plus jeunes ? » Angèle, une mamie résidant dans un petit village, n’est pas plus gênée que cela : « J’aurai bien le temps de gâter ma petite-fille en décembre. La plus grande richesse, c’est la santé... »

« C’est Amazon qui se frotte les mains »

Un autre acteur de la grande distribution dans le Sud-Grésivaudan se dit pour sa part « révolté ». Il interroge : « Pourquoi nous obliger à fermer ces rayons, alors que nous maintenons un protocole sanitaire strict, avec des jauges à ne pas dépasser ? Vraiment, on a le même sentiment d’injustice que les petits. » Pour lui, « c’est Amazon qui se frotte les mains ». Il embraye : « On nous fait passer pour les méchants, mais personne ne va voir comment les géants du e-commerce traitent leurs salariés... » Philosophe, il conclut : « Ma priorité, aujourd’hui, c’est la santé de mes collaborateurs et de mes clients. »

Dans le centre de Saint-Marcellin, le directeur de Colruyt, Emmanuel Grossi, se dit pour sa part « solidaire des petits commerçants obligés de fermer ». Il relativise l’impact de la nouvelle donne : « La perte de chiffre d’affaires sera limitée, notre métier premier étant l’alimentaire. » Ils ne peuvent pas tous en dire autant.

+D'infos : L'article complet est à retrouver dans la version papier du journal.

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