Le Vercors pleure son bouquetin fétiche

Par Aurélie AMIEUX | Publié le 27 mai 2015 à 15h10 | Vu 27034 fois
Le Vercors pleure son bouquetin fétiche
Bleu-Bleu, le bouquetin des Alpes aperçu sur la route de Rencurel début mai

Le dimanche 10 mai, Bleu-Bleu, bouquetin mâle âgé de 18 ans, a été capturé puis volontairement abattu dans le versant drômois des Gorges de la Bourne par un agent de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Un abattage autorisé par arrêté préfectoral qui ne fait pas l'unanimité, d’autant que depuis la loi du 10 juillet 1976, le bouquetin des Alpes est considéré comme espèce protégée et ne peut ainsi être abattu qu’après avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et autorisation du ministère de l’Écologie et de l’Environnement.

Il s'appelait Bleu-Bleu, était âgé de 18 ans et vivait dans le Parc naturel régional du Vercors depuis 13 ans après sa capture à Champagny-en-Vanoise en Savoie. Un bouquetin qui faisait partie du paysage local, car isolé du troupeau depuis son introduction en 2002 avec une vingtaine d'autres espèces. Une mascotte de la Bourne qui avait ses habitudes et vivait selon plusieurs experts entre le Pont de la Goule Noire (lieu où il sera abattu) et la Crête de Chalimont.

Le dimanche 10 mai, comme à son habitude, l'animal divaguait seul le long de la Départementale 531, dans les Gorges de la Bourne. Repéré par les gendarmes de la brigade de La Chapelle-en-Vercors en début de journée, le bouquetin se serait montré agressif selon plusieurs témoins. Il aurait ainsi cogné avec véhémence plusieurs véhicules stationnés le long de la Bourne, sous les yeux de nombreux visiteurs venus profiter du Vercors lors de ce week-end prolongé du mois de mai.

Bleu-Bleu est dans un premier temps capturé par les gendarmes, avant d'être tué sur décision préfectorale. Yves Hocdé, directeur de cabinet du Préfet de la Drôme, évoque dans cet arrêté une atteinte « à la sécurité publique, sur la voirie publique ». Ce dernier estimant que l'animal présentait un danger de collision avec les véhicules circulant sur ce site touristique. Outre cet argument, la Préfecture précise qu'il s'agissait « d'un spécimen âgé, blessé à la patte arrière gauche, agressif et signalé en divagation dans le secteur depuis plusieurs semaines » et qu'il était impossible « de le capturer et de le relâcher dans un lieu plus adapté à son habitat naturel. »

"Un vrai manque de professionnalisme"

C'est précisément ce dernier argument que réfutent les défenseurs de la cause animale. En premier lieu, Jean-Pierre Choisy, biologiste et ancien chargé de mission au Parc naturel régional du Vercors de 1993 à 2011. En s'appuyant sur l'autopsie réalisée au laboratoire d'analyse départemental de Gap, il explique sur son blog « La buvette des Alpages » que « Bleu-Bleu était dans un état de santé tout à fait remarquable pour un individu âgé de 18 ans. » Cet expert en la matière rappelle qu'une fois l'animal capturé, il aurait pu être relâché dans la nature, comme cela a été le cas en 2002, dans les falaises du Royans. Catherine Brette, présidente du Parc naturel du Vercors, trouve aussi ces événements regrettables et réagit : « c'est un vrai manque de professionnalisme. Ils auraient dû l'endormir et le relâcher. Ce sont des gens sans doute inexpérimentés qui ont pris cette décision, car il n'y avait aucune raison valable de tuer cet animal. » Avant que son collègue Benoît Beton, chargé de la biodiversité au Parc du Vercors, ajoute : « quand nous sommes intervenus, l'animal était déjà abattu. »

Une version que confirme Stéphane Thiebaud, responsable de la LPO Drôme, en charge du suivi des bouquetins dans le Royans : « il y avait d'autres solutions pour intervenir et empêcher que le bouquetin gêne la circulation. Les gendarmes ont tenté de sangler la bête, mais le bouquetin est revenu sur la route. La Préfecture a donné l'autorisation de le tuer et un agent de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage s'est exécuté. Ce que je trouve déplorable dans cela, c'est qu'un agent du Parc du Vercors, averti au dernier moment, a fait une heure de route pour sauver le bouquetin, mais à son arrivée l'animal avait déjà été abattu... ». Enfin, sur les réseaux sociaux, les protestations vont bon train : « honte à cette équipe d'incompétents pour ce geste ignoble. Bleu-Bleu, ce bouquetin de 18 ans que vous avez tué alors que vous auriez très bien pu l'endormir pour le transporter dans son élément naturel comme l'ont fait par le passé nos confrères italiens… » Plusieurs associations de défense des animaux pestent contre cette décision préfectorale et des plaintes pourraient prochainement être déposées.

2 commentaires
  1. LILY C

    Honte à celui qui a ordonné l'exécution de cette pauvre bête dont le seul tort est d'avoir voulu côtoyer les hommes !


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  2. nathalie

    Mes nièces croisaient régulièrement Bleu-Bleu sur le chemin du collège de Pont. C'est triste !


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